Musées et Patrimoine automobile en France

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Musées et Patrimoine automobile en France, le rapport commandé Francine Mariani-Ducray, directrice des Musées de France, pour mars 2007 à Rodolphe Rapetti, conservateur général du patrimoine, adjoint au Directeur des Musées de France, a été mis en ligne ces jours-ci sur le site internet du Ministère de la Culture.
En voici les conclusions :


Conclusion
Les préconisations que nous formulerons en conclusion se situent à trois niveaux d’intervention distincts. Le premier concerne l’organisation d’événements permettant de rapprocher le monde de la culture et celui du patrimoine automobile. Le second comprend un ensemble de mesures pour la protection de ce patrimoine. Enfin, le troisième vise à une action pérenne et tournée vers l’avenir, la prise en compte de l’histoire conduisant à une meilleure compréhension du phénomène automobile par le public.

Des événements marquant l’intégration du patrimoine automobile au Ministère de la Culture
Une association plus étroite entre le Ministère de la Culture et le monde du patrimoine automobile apparaît très souhaitable, notamment dans l’organisation d’événements auxquels il est possible, par l’adjonction du savoir-faire propre à notre ministère, de donner plus d’écho et de substance. Nous pensons en particulier aux Journées du Patrimoine, auxquelles prennent part chaque année la FFVE et de nombreuses associations d’amateurs de véhicules anciens. Il est possible de créer sur certains sites un accompagnement didactique spécifique, en s’appuyant notamment sur les musées. Sans être systématique, cette démarche peut être initiée à partir de quelques sites pilotes, où un musée automobile et un monument seraient partenaires pour une opération exemplaire par la qualité de sa scénographie et de son apport culturel.

D’autre part, la dernière exposition d’envergure internationale consacrée en France à l’histoire de l’automobile, Cent ans d’automobile française 1884-1984 1 a eu lieu au Grand Palais en 1984. Elle avait d’ailleurs connu un succès considérable. Les changements de perspective historique qui se sont produits depuis bientôt vingt-cinq ans, ainsi que l’engouement actuel pour l’automobile ancienne justifient pleinement l’organisation d’un nouvel événement d’importance majeure. Celuici devrait être conçu sous l’égide du Ministère de la Culture comme une véritable exposition scientifique tournée vers le plus grand public et illustrant, en privilégiant la notion de design, l’histoire de l’automobile sur le plan technologique, économique et social. Le Grand Palais, inscrit dans la mémoire collective comme lieu marqué par les Salons de l’automobile, est évidemment tout indiqué pour abriter sous sa nef cet événement qui devrait être exemplaire sur le plan muséographique et didactique, et qui entre dans le cadre des préconisations formulées dans le récent rapport de la mission interministérielle sur l’avenir du Grand Palais 2. Un partenariat avec le Mondial de l’Automobile serait envisageable. En effet, cette société est l’héritière de celle qui réalisa les premiers Salons de l’auto.

La protection du patrimoine
Comme nous l’avons vu, le patrimoine automobile français, en raison de l’évolution récente du marché, tend à s’éroder. Par ailleurs, les pratiques liées à la conservation et à la restauration de ce patrimoine, y compris en ce qui concerne les musées, ne font pas l’objet d’une normalisation suffisante. Nous préconisons donc un ensemble de mesures visant à sa conservation :
– Mise en place d’une politique prospective en vue du classement éventuel de véhicules ou d’ensembles de véhicules significatifs. Ceci suppose un recensement qui à l’heure actuelle est inexistant et l’établissement de relations entre le ministère et les collectionneurs, encore embryonnaires.
– Mise en place d’une politique d’observation du marché des véhicules de collection visant à assurer la présence du Ministère de la Culture sur ce marché.
– Prospection systématique des fonds d’archives visant à leur sauvegarde et à leur collecte.
– Création avec la participation des musées automobiles d’un corpus de normes concernant la conservation et la restauration des véhicules anciens. Ce corpus s’appuiera sur l’organisation de plusieurs débats d’envergure internationale portant sur ces sujets et faisant appel aux meilleurs spécialistes afin de définir la notion d’authenticité en matière automobile.
– Constitution d’un fonds d’acquisition pour les musées automobiles faisant appel au mécénat des entreprises, notamment celles liées à l’industrie automobile.

L’ensemble de ces mesures pourraient être élaborées et mises en oeuvre en s’appuyant sur une commission présidée par la DMF et associant la DAPA, la FFVE, des conservateurs de musées, des historiens, des restaurateurs spécialisés et des représentants du monde de l’automobile ancienne (collectionneurs et associations). Le rôle essentiel des musées automobiles en tant que sources de savoir et de compétences devrait y être affirmé.

À plus brève échéance, l’acquisition de véhicules marquants avec le soutien de l’État pour des Musées de France devrait permettre de retenir sur notre territoire certaines des pièces importantes qui apparaissent en vente publique. D’autre part, l’inspection générale des musées devrait mener une réflexion sur la possibilité d’étendre l’appellation « Musée de France » à quelques musées automobiles supplémentaires, de façon à élargir la base de cette politique d’acquisitions.

La création à Paris d’un centre d’histoire et d’interprétation de l’automobile
Ce que nous avons dit en introduction relativement à l’histoire et à l’actualité de l’automobile à Paris rend inexplicable l’absence dans la capitale française de toute structure permettant au public d’acquérir une compréhension du rôle de l’automobile dans notre société. Voilà pourquoi il nous semble primordial que soit créé dans un avenir proche, à Paris ou dans son immédiate proximité, un centre d’histoire et d’interprétation, dont les compétences concerneraient aussi bien les aspects patrimoniaux que l’actualité et le futur de l’automobile. Ce centre obéirait à une double fonction de lieu d’exposition régulièrement animé par des événements attirant le public le plus large et de centre de ressources documentaires.

Bien qu’aménagé afin d’accueillir des véhicules lors d’expositions temporaires, ainsi qu’une collection réduite en nombre faisant l’objet d’une présentation permanente et déroulant à partir de quelques exemples français une histoire de la locomotion moderne, cette structure n’aurait nullement pour vocation d’être un musée automobile de plus. Ainsi, la partie permanente de la présentation pourrait être aisément formée à partir de dépôts provenant de musées ou de collections privées.

Orienté vers le grand public par sa politique de production d’expositions temporaires faisant appel aux nouvelles technologies, ce centre serait le lieu privilégié pour l’organisation de conférences et de débats. Il serait également destiné aux chercheurs, sa mission principale sur le plan patrimonial consistant en la collecte et l’exploitation de fonds d’archives anciens ou contemporains, domaine dans lequel une mobilisation énergique peut encore produire des résultats substantiels. Une bibliothèque-vidéothèque ouverte au public permettrait la mise à disposition de ces fonds. Ce centre jouerait un rôle majeur dans l’information des collectionneurs en matière de réglementation patrimoniale. Il serait enfin un lieu de rencontre et de formation destiné aux différents acteurs de la vie professionnelle et associative liée à l’automobile. Sa mission consisterait en une aide à la compréhension du phénomène automobile à partir de la connaissance et de l’interprétation du patrimoine.

On sait que la création d’une Cité de l’air et de l’espace prenant appui sur le Musée du Bourget est envisagée. Dans la séance de l’Assemblée nationale du 28 novembre 2006, Dominique Perben, ministre des transports, a souhaité que le préfet de région intègre la création de cette structure dans le contrat de projet 2007-2013 associant l’État et les collectivités territoriales. Le musée du Bourget sera donc appelé à faire peau neuve, mais aussi à jouer le rôle d’un pôle de ressources dans le domaine du développement industriel et de la formation en aéronautique. Le projet que nous proposons, bien que plus modeste par sa taille, pourrait en être le symétrique pour la locomotion terrestre. La commission dont nous avons préconisé la création plus haut serait chargée de rédiger à l’attention du ministre de la culture un rapport dans lequel seraient notamment examinés la faisabilité de ce projet, ainsi que ses possibles implantations géographiques et ses conséquences financières. Elle assurerait également en liaison avec les compétences disponibles au ministère la recherche du mécénat qui pourrait être dégagé en relation avec cette opération, pour laquelle la participation des principaux industriels français de l’automobile serait sollicitée.

1 Cent ans d’automobile française 1884-1984, Paris, Grand Palais, 19 juin – 19 août 1984.
2 Jean-Daniel Tordjman, Antonin Beurrier, Arnaud Pecker, François Braize et Marie-France Chevallier Le Guyader,
Rapport sur l’avenir du Grand Palais, décembre 2006, p. 4 et 5.

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