L’église de Jaunay-Clan s’offre une nouvelle crèche

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ART SACRE

L’église de Jaunay-Clan (Vienne), classée Monument historique en 1910 et récemment restaurée, commande un nouveau mobilier liturgique, dont cette crèche réalisée par Rémy Provost.
A cette occasion Mgr Wintzer, évêque auxiliaire de Poitiers et président de la commission diocésaine « patrimoine, culture et foi », s’exprime sur la création dans le domaine de l’art sacré dans son diocèse.

(Extraits du dossier de presse)

L’église de Jaunay-Clan
Extraits de la fiche « PARVIS » disponible à l’église Saint Denis de Jaunay-Clan
Le site est occupé de longue date. L’église a été construite sur un temple païen. Dans les textes, le bourg de Jaunay apparaît à la fin du 7ème siècle lorsque l’évêque de Poitiers Ansoal y accueille le corps de Saint Léger. L’église, fondée en l’honneur de St Denis -premier évêque de Paris- relevait à l’origine de l’abbaye St Paul de Poitiers. Lors de la fondation de Bourgueil à la fin du 10ème siècle, Jaunay est donné à la nouvelle abbaye qui y établit un prieuré et nommera le curé.
L’église de Jaunay-Clan a été classée Monument historique le 21 mars 1910. Cette église aux travées romanes et au voûtement gothique a connu un important changement il y a plus de 30 ans. A cette époque, des vitraux ont étés posés dans l’abside refaite en 1871. C’est Max Ingrand, ami d’Aristide Caillaud, qui a réalisé un admirable triptyque de la Passion.
La dernière restauration s’est achevée en 2004. Elle a réussi à mettre en valeur les murs des trois travées de cette église, notamment par l’éclairage qui renforce l’impression d’unité et de simplicité. C’est dans cette église restaurée que la nouvelle crèche va prendre toute sa place.

Histoire de cette nouvelle crèche
L’année dernière, au moment d’installer l’ancienne crèche, plusieurs catholiques ont constaté que les statues étaient abîmées. De plus, l’église étant rénovée, il semblait opportun de trouver une crèche plus adaptée à l’église.
L’équipe animatrice de cette communauté locale a contacté alors la commission diocésaine « Patrimoine, culture et foi ». Sollicitant leur expertise, plusieurs noms d’artistes ont étés avancés. Quatre ont étés contactés, et seul M. Rémy Provost a répondu positivement à l’appel.
Lors du premier contact téléphonique, l’artiste a non seulement répondu positivement, mais il avait déjà cerné dans les grandes lignes ce qu’il allait proposer par la suite. Un triptyque semblait opportun ; non seulement pour une question de rangement, mais aussi à cause de l’espace liturgique du chœur.
Avec plusieurs maquettes en terre et en papier, M. Provost a finalisé cette crèche en ces mois d’automne 2009. S’entourant d’amis et d’experts, son projet a été amélioré, mais c’est bien son idée première qui a dirigé l’ensemble des travaux.
Reçue le 20 décembre 2009 à l’église, 4ème dimanche de l’Avent, cette œuvre a été accueillie très favorablement par les catholiques de Jaunay-Clan présents ce jour là.

Sens et symboles de cette crèche
Sans prétendre à une exhaustivité, voici quelques points significatifs de ce que l’artiste a voulu exprimer dans cette pièce.
Il y a un sens global pour lire cette œuvre. Structurée par le chiffre « 3 », elle se découpe en 3 temps, 3 bois, 3 couleurs, 3 bergers, 3 rois… Pour donner le sens global, voyons ce qui structure les trois périodes
Pour l’Avent, c’est l’antependium qu’il faut décrire. Avec Marie et Joseph, cette partie centrale de la pièce est prévue pour recueillir l’enfant au soir de la Nativité. C’est à partir de ce Christ naissant que la crèche est unifiée puisque de lui découle la lumière, symbolisée par des rayons irradiants l’ensemble du triptyque.
Arrive ensuite le temps de Noël avec les 3 bergers qui viennent jusqu’à l’enfant Jésus. Ces trois bergers apportent le pain et le vin et un dernier, un masaï aux pieds duquel est un agneau, apporte une lance. Cette lance symbolise celle du soldat qui, lorsque le Christ est en Croix, lui transperce le côté (Jn 19, 34).
Comme à l’accoutumée, trois « rois » sont adjoints à cette crèche pour l’épiphanie (Mt 2, 1-12). Ils apportent l’or et l’encens. Le dernier personnage, en col blanc est plus atypique. Il est le seul personnage à ne pas être en mouvement dans cette crèche, ayant un pied enfoncé sur un crâne, symbole de la mort.

Interview de Mgr WINTZER
Mgr WINTZER est l’auxiliaire de l’évêque de Poitiers. Il est aussi président de la commission « patrimoine, culture et foi ».
Y a-t-il de nombreuses créations artistiques dans le domaine religieux ?
On constate que trop souvent, le budget alloué à la culture peut devenir la variable d’ajustement dans les finances des collectivités publiques Si l’on n’ose pas trop toucher aux sommes destinées à la protection sociale ou à l’enseignement, soutenir la création artistique apparaît comme une urgence moindre. Pourtant, dans nos sociétés qui nous laissent davantage de « temps libre », il y a un enjeu important à multiplier des propositions pour ces temps libérés. Sans soutien public, le risque est que ce temps ne soit plus occupé que par des propositions trop immédiatement commerciales.
Ceci dit, je constate les efforts que font les communes pour restaurer et entretenir les églises dont ils sont les propriétaires. Depuis mon arrivée dans le diocèse, j’ai eu ainsi la joie de participer à l’inauguration de travaux parfois importants : restauration de l’église, ou bien d’un retable, ou encore d’une oeuvre d’art. Ceci donne alors l’occasion aux communautés chrétiennes de prendre en charge ce qui est de leur ressort, c’est-à-dire le mobilier liturgique.
Comment le diocèse de Poitiers est-il attentif au monde des artistes ?
A l’image de ce qui se pratique dans l’Eglise universelle, le diocèse de Poitiers s’est doté d’une instance attentive aux diverses dimensions de la culture ; c’est la commission « Patrimoine, culture et foi ». Cependant, dans la logique de ce qui précède, cette commission ne peut guère compter sur ses propres finances ; elle est avant tout un lieu de propositions et d’encouragements. Ne pouvant donc passer commande à des artistes, la commission Patrimoine, Culture et Foi travaille avec les acteurs de l’Eglise catholique, les collectivités locales et les artistes pour conseiller et orienter lorsqu’existent des projets d’aménagement dans les églises.
Et puis, à côté de ce qui est réalisé pour les lieux de culte, la commission Patrimoine, Culture et Foi compte en son sein l’association (loi 1901) Art et Rencontre qui, depuis déjà plusieurs années, invite des artistes de la région à exposer régulièrement leurs oeuvres, en particulier lors de la biennale d’art contemporain organisée habituellement en février et mars. Il en sera ainsi dans quelques semaines à Poitiers. Les oeuvres réalisées étant exposées à la Chapelle Saint Louis.
Comme évêque, que pensez-vous de ce projet artistique de la communauté catholique de Jaunay-Clan ?
Ayant eu l’occasion d’admirer plusieurs fois le magnifique travail de restauration et de mise en valeur de l’église de Jaunay-Clan, je ne peux que me réjouir de ce que le mobilier entende l’appel que les murs de cette église lui adressent : ainsi la crèche, et je l’espère, dans quelques temps, les autres pièces du mobilier que sont l’autel et les autres éléments du sanctuaire.
Communauté locale de Jaunay-Clan

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Pierre Mathieu
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Pierre Mathieu

Inspiration, symbolisme, maîtrise artistique, tout est réuni pour faire de cette oeuvre une réussite. Habituellement un peu allergique aux créations modernes, l’explication des symboles est très logique et compréhensible par un béotien comme moi en matière d’art. Bravo l’artiste !