Nord Le château du Creusaert menacé ? (Archive 2010)

Article pouvant être lu en 10 minute(s) (hors éléments audio ou vidéo)

Dernière heure (9 mars 2010) : D’après les dernières nouvelles, le château serait moins en danger qu’il n’y parait. Une solution honorable est cherchée. Vous en saurez bientôt plus sur Patrimoine-en-blog.

Lire le droit de réponse de M. Jacques Philippon, Conservateur régional des monuments historiques.

Lire aussi sur ce château :

Dans un message adressé le 4 mars, Christophe Belhomme nous alerte sur la menace de démolition qui pèse sur le château XVIIIe du Creusaert, à Ebblinghem (Nord).

Voici ce qu’il m’écrit :

UN TRÉSOR DU XVIIIe SIÈCLE BIENTÔT RASE ?

Après la tragédie d’Hardinghen, un autre élément du patrimoine du Nord menace ruine, mais les pouvoirs publics semble délibérément s’en laver les mains. Quel sera le sort du beau château du Creusaert, à Ebblinghem ?

Décidément, il ne fait pas bon posséder une bâtisse du XVIIIème siècle, dans le Nord de la France. Après le château de la Trésorerie à Hardinghem (Pas-de-Calais), non protégé et rasé en catimini il y a quelques années, c’est au tour du beau château du Creusaert à Ebblinghem (Nord), également non protégé, d’être menacé de démolition totale. Situé en plein centre de ce village rural, au beau milieu de la place principale, cette belle bâtisse de style Palladien a été bâtie entre 1770 et 1780 par Albert de Stappens, grand maître des bois et des wateringues de la Flandre maritime, qui avait racheté la baronnie. Comprenant trois étages, le bâtiment principal est en très mauvais état, mais reste tout à fait sauvable (il a brûlé en Mars 2009.)

Autrefois coiffé par un toit pentu, surmonté d’une balustrade, formé par un appareillage de briques, il abrite sur 1200 mètres carrés habitable, 12 pièces dont 8 chambres, certaine comprenant des décors d’époque avec boiseries et gypseries dans le meilleur goût du XVIIIème. Il dispose également de communs volumineux formant deux ailes en équerre, (restées elles intactes) et d’un terrain de 3 575 mètres carrés, beaucoup plus grand à l’origine, mais consciencieusement démembré au cours de ces derniers mois par un promoteur avisé, qui semble avoir le désir de lotir l’ancien parc au plus vite, et ce, avec l’appui de la municipalité.

Si aucune étude n’a été consacrée à l’histoire de ce village qui jouxte les Flandres et la frontière Belge, l’ancienneté du site est acquise.

Cité pour la première fois en 826 dans une charte de l’abbaye Saint-Bertin sous le vocable d’Humbaldingahem, ce village fait partie des plus anciens de la région. La forteresse médiévale qui s’y trouvait initialement était dotée de 5 tours. Elle fut détruite de fond en comble par les troupes de Louis XIV en 1667, en route pour la conquête des Flandres Espagnols. Au début du XVIIéme siècle, la seigneurie d’Ebblinghem fût érigée en baronnie. Son dernier habitant, le vicomte Yves van Pradelles de Palmaert, né en 1917, était un véritable personnage dans la région de Saint_Omer. Vivant principalement de l’exploitation du domaine, correspondant durant de nombreuses années du quotidien local « la Voix du Nord », il est décédé au château, en juin 2002 à l’âge de 85 ans. C’est à partir de son décès, que l’histoire du site va prendre un tour singulièrement tragique. Les héritiers du domaine dont sa petite fille s’en désintéressent.

En 2003, l’entier mobilier et la très belle bibliothèque sont dispersés lors d’une vente aux enchères retentissante à Saint_Omer, sans que cela ne dérange qui que ce soit, hormis quelques commissaires-priseurs avisés, et en mal de faire des affaires, en cédant le patrimoine littéraire d’une région qui n’en a déjà plus beaucoup. En décembre 2002, sous l’impulsion du maire du village, la communauté de commune de l’Houtland (EPCI) avec le soutien de son président Jean-Pierre Laczny envisage de racheter le site et de l’aménager. Prétextant des dépenses plus importante, et indispensables, dont la réfection d’une salle de classe, les élus d’une commune voisine vote contre cet achat au début de l’année 2003. Mais le processus se poursuit pour aboutir en Avril de la même année, à l’acquisition du château. Une déclaration d’utilité publique réservant une priorité d’acquisition à la collectivité avec expropriation préalable est alors demandée. Le 30 septembre 2003, un arrêté préfectorale soumet la DUP à une enquête publique préalable, menée par Sylvie Landaes désignée commissaire_enquêteur. Durant tout le mois de Novembre 2003, elle mène ses investigations avant de rendre à la surprise générale un avis défavorable au projet sous le prétexte que l’utilité publique du dossier « ne ressort ni des éléments du dossier, ni des éléments recueillis au cours de l’enquête alors que les moyens qu’il nécessiterait (…) semblent disproportionnés au regard des besoins susceptibles de servir l’intérêt général.»

Selon le quotidien local « la Voix du Nord » (édition Hazebrouck), cette dernière aurait confirmé « que des acquéreurs privés potentiels existent bien », manière élégante de nier le fait que, sans l’achat par l’EPCI, le bâtiment tomberait en désuétude. « A trente-sept reprises, des acquéreurs potentiels ont visité le château », soulignait-t-elle alors, en notant : « Les projets de certains d’entre eux étant de nature à promouvoir le développement de la commune et de ses environs. » A la même époque, Sylvie Landaes examine la façade, et la juge, bien que n’ayant pas des connaissances approfondies sur la question, en très mauvais état, ce que ne confirme nullement des clichés datant sensiblement de la même période et diffusé sur le site internet « Panoramio » depuis 2007. Non seulement la façade principale apparaît comme saine, mais elle conservait alors la plupart de ses attributs, à décor de masques grimaçants. Les pots au feu qui venaient couronner l’ensemble étaient également encore en place. Cerise sur le gâteau pour Sylvie Landaes, les habitants du village n’auraient pas manifestés un intérêt grandissant pour le projet de restauration. Encore aurait t-il fallu les impliquer durablement, et leur expliquer en quoi consistait la présente DUP !

Durant la poursuite de l’enquête publique, les projets resteront en stand_by.

Reste que la suite des événements ne lui donnera pas forcément raison. Quoique. En 2004, c’est le maire Bernard Westeel élu en 2001, qui refuse la proposition d’une agence immobilière d’Amiens qui voulait transformer le tout en immeuble locatif. Raison invoquée : un manque faute d’infrastructures pour assurer l’accueil des nouveaux habitants. Rappelons tout de même, que la commune qui ne compte que 500 habitants n’était pas en mesure de prendre d’assurer la gestion d’un tel patrimoine sachant que plusieurs autres bâtiments à sa charge était à l’époque en mauvais état. Après que la communauté de communes de l’Outland ait décidé de ne pas donner suite au projet suivant en cela les recommandations de l’état, prés de 6 années vont s’écouler, durant lesquelles le domaine, désormais totalement abandonné, est livré aux vandales. Si aucun acheteur ne s’y présente, les incursions d’une jeunesse en mal de divertissements nocturnes s’y poursuivent allègrement.

A plusieurs reprises, ces habitants que l’on disait « désintéressés » par le sort du domaine, donnent l’alerte auprès de la gendarmerie locale contre une bande de 5 jeunes qui vient régulièrement casser des carreaux et briser les ornements de la façade. Enfin, dans la nuit 5 au 6 Mars 2009 vers 1H00 du matin, survient l’irréparable, un départ de feu dans l’aile droite, sans aucun doute d’origine criminelle, provoque la destruction totale de la toiture. L’embrassement est général, mais l’intervention rapide des pompiers d’Hazebrouck, de Renescure et de Cassel, muni d’une grande échelle, vont contribuer à sauver ce qui peux l’être et contenir l’extension du sinistre. Aujourd’hui, le château présente toujours son grand corps central décharné et malade aux visiteurs. Il n’a plus de toiture, la charpente est totalement détruite et l’effondrement des étages inférieurs, minés par les eaux, ne semblent plus être qu’une question de temps, l’humidité ambiante, et les fortes intempéries propre à la région, étant susceptible d’accélérer le processus de désintégration totale.

Il y a quelques mois, l’ensemble de la propriété a finalement été vendu à un promoteur local, qui s’est empressé de la diviser en plusieurs parcelles. Selon l’agence immobilière « Immosky », chargée de commercialiser le bien, une agence nationale qui ne dispose soit-dit en passant, d’aucune expertise dans la commercialisation et la cession de bâtiments historiques, quatre parcelles de 800 m² auraient déjà été cédées, alors qu’une nouvelle cession, concernant le fond de la propriété sera proposée à la vente en 2011. Pour le château même, réduit à un terrain congru, le prix demandé serait de 95 000 euros, du moins telle est la somme qui apparaît sur le site www.immosky.fr

Un prix modique qui semble susciter bien des convoitises. A entendre cette même agence immobilière, des devis seraient en cours, et inclurait la préservation future de l’édifice pour des chambres d’hôtes ou un magasin de décoration. L’hypothèse d’une maison de retraite, un temps envisagé, mais jugée peu adaptée au regard des travaux a entreprendre a été repoussée. Certes la bâtisse semble susciter encore des vocations, mais l’étendue de la tâche doit en décourager plus d’un. Il est vrai aussi, que l’absence de toute protection auprès des monuments historique autorisent les plus grandes craintes et une démolition en catimini, n’est pas à exclure, comme ce fut le cas à Hardinghem où le nouveau propriétaire se garda bien de respecter ses premiers engagements ! Il reste que cette affaire montre que la protection du patrimoine en France est, et de loin, très insuffisante, et que c’est bien l’État ici, et ses services, qui sont à mettre en cause. D’abord parce qu’on comprendrait mal comment un château de cette qualité même sans toiture puisse rester sans aucune protection, et ce même si les propriétaires n’ont jamais rien demandé. Ajoutons que ce site peut être considéré comme lieu d’histoire : il a reçu la visite du Prince de Galles en 1917. La loi sur le classement précise, que celui-ci peut-être demandé par « le propriétaire, l’affectataire, un tiers intéressé (collectivité locale, association), le préfet de département ou de région, l’administration centrale ou régionale du ministère chargé de la Culture ». Donc, la DRAC pourrait parfaitement exiger son classement à titre conservatoire, ce qu’elle n’a pas fait !

A ce titre, le silence du conservateur régional des monuments historiques semble dans cette affaire assourdissant ! Ravagé par les guerres, attaqué par les affres de la modernité spéculative, hérissé de sombres HLM abritant toute la misère du monde, parsemé de friches multiples, le Dunkerquois, n’est pourtant guère riche en monuments de la seconde partie du 18e. Autorisera t-on ici, ce que l’on a toléré, naguère, à Hardinghen (Pas de Calais) ? A voir !

Christophe Belhomme

PS : Concernant le château de la Trésorerie à Hardinghem, précision que les communs, datant en partie du 18ème siècle et qui ne faisait, tout comme le château, l’objet d’aucune protection, ont également été rasé. L’ensemble est toujours référencé sur le site pasdecalais62.fr parmi les itinéraires touristiques de la côte d’Opale, ce qui montre bien l’incurie de nos personnels politiques vis-à-vis du patrimoine ! On pourrait en rire, et surtout, en pleurer, quand on songe au potentiel touristique que recelait ce magnifique petit domaine, rasé d’un coup de pelle par un bel été !

Commentaires via facebbok
(6 868 visites sur cette page depuis l'installation du compteur sur le site le 22 juillet 2014)
(1 visites aujourd'hui)

Tags: ,

Poster un Commentaire

12 Commentaires sur "Nord Le château du Creusaert menacé ? (Archive 2010)"

Me notifier des
avatar
Trier par:   plus récents | plus anciens | plus de votes
Cath
Invité

Désolant. A vous lire, je suis malheureusement pessimiste. Si le maire ne veut rien faire, M. Philippon non plus. Nous sommes dans le même cas de figure que pour le château d’Hardinghen.
Pour La Trésorerie, ce fut d’abord l’intérieur qui fut dépecé et vendu, puis Philipon intevint car TF était intervenu. Une fois Philipon passé sur les lieux, Debart de Wimille envoya les démolisseurs dare dare; il changea sa société cvile immobilière chez le notaire (aussi maire d’Hardinghen) quelques mois après, ce fut le reste qui fut détruit.
Bon courage

christophe belhomme
Invité
Merci à tous pour ces messages. Cher monsieur Delcour, je n’ai jamais cherché à attaquer qui que ce soit, et certainement pas les Ch’tis que j’estime, à travers ce beau château qui ne bénéficie hélas, c’est un fait, d’aucune protection, et dont votre association n’a jamais parlé, du moins à ma connaissance. Si vous connaissez les outils habituels du net, vous devriez les utiliser à votre convenance, pour défendre votre territoire, plutôt que de m’attaquer stupidement, en me prêtant des pensées fallacieuses. Pourtant l’état du château, ne cesse de se dégrader. La région Nord_Pas de Calais, je connais aussi merci,… Read more »
de vellis
Invité

Bonjour, je suis journaliste pour l’émission Zone Interdite. L’histoire de ce château m’intéresse. Je cherche à vous joindre Monsieur Belhomme. Voici mon adresse mail : olivier.de-vellis@m6.fr
N’hésitez pas à me joindre.
Coradialement.

Bertrand
Invité
La Fondation du Patrimoine aide particuliers, communes et associations à restaurer et sauvegarder leur patrimoine, qu’il soit protégé ou non. Elle permet notamment aux amoureux du patrimoine de traduire leur amour en acte par le biais du mécénat populaire avec reçu fiscal à la clé. Pour plus d’info :http://www.fondation-patrimoine.com/ Vous apprendrez notamment qu’en Nord Pas-de-Calais, dans le cadre d’un partenariat avec le Conseil Régional mis en place en 2003, la Fondation du Patrimoine a permis la restauration de près de 150 églises dans une région comptant près de 1500 communes et qu’elle soutient tous les ans, par le biais des… Read more »
Diane Cottencin-Debailleux
Invité
Diane Cottencin-Debailleux

Je pense à deux personnalités qui se mobiliseraient peut-être pour ce petit bijou: Yves Lecoq qui a déjà prouvé son amour et son efficacité pour le patrimoine bâti, et Jacques Garcia qui a acquis le château du Champ de Bataille.

amoureux du patrimoine
Invité

Concrètement, Monsieur le Délégué régional adjoint de la Fondation du Patrimoine, que faites vous sur le terrain d’efficace ?

DELCOUR
Invité
« Ravagé par les guerres, attaqué par les affres de la modernité spéculative, hérissé de sombres HLM abritant toute la misère du monde, parsemé de friches multiples, le Dunkerquois n’est guère riche en monuments… » Bienvenue chez les ch’ti ! Je ne me souviens pas avoir entendu autant d’idées fausses et de lieux communs accumulés en une seule phrase. Les supporters du PSG au stade de Lens ont été condamnés pour moins que çà. C’est vraiment décourageant de constater que de telles contre vérités continuent à être répandues sur une région qui n’est ni plus belle ni plus laide qu’une autre. On… Read more »
amoureux du patrimoine
Invité
Non, non « ils » : promoteurs retors, élus succombants aux services rendus, en ne faisant rien, surtout en ne faisant rien c’est là le fondement de la technique de l’enveloppe. « ils » savent mais il ne faut pas leur dire, sinon « ils » vont vous fâcher tout rouge, c’est que… Pour ces beaux Messieurs, l’odeur de l’écus leur donne vite des humeurs ! Et puis tout le monde sait : la comédie financière de basse caste, mais oh ! combien dévastatrice, car « ils » sont prudents les bougres, toujours du côté de la loi. Si vous la demandez bientôt une nouvelle : « Le promenteur,… Read more »
Lionel Frances
Invité
Dans de nombreuses régions hélas , laisser se dégrader un bâtit ancien est la technique classique pour dire qu’il n’y a rien d’autre à faire que la démolition , toujours très lucrative. Pendant et après la Révolution ,la Bande Noire sévissait en France. Elle achetait , dépouillait et revendait en pièces détachées de magnifiques châteaux , abbayes ou églises. Mais non , rien n’a changé. A Paris , cette mode était bien connue il y a encore quelques années , où da magnifiques bâtiments ont disparus après les avoir laissé pourrir avec l’indifférence complice de la Mairie.Oui , il faut… Read more »
amoureux du patrimoine
Invité
Le fond de ma pensée : Vous avez-du feu ? Ou comme tout s’articule bien : Un promoteur en costume sombre et col blanc, très propre, mais « généreux » et prometteur, des élus avenants voire opportunistes, comprennent vite ou sont leurs intérêts immédiats, une dégradation, un laisser aller communal conscencieux permettant à la jeunesse désoeuvrée de s’exprimer tout en rejoignant les préoccupations d’investissement pour un beau lotissement tout neuf, tiens un incendie nous fera gagner du temps, car le temps c’est de l’argent ! Quel monde merveilleux! Ici, promoteur et élus la main dans le sac, heu…dans l’enveloppe voulais je dire… Read more »
Patrick et Diane Cottencin-Debailleux
Invité

Consternant !
Monsieur C Belhomme, merci pour votre article, tenez-bon si cela est possible, nous faisons suivre l’information.
M et Mr Cottencin Debailleux

wpDiscuz