Archéologie : Faut-il rendre le butin ?

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Ces derniers jours et dernières semaines on a beaucoup parlé de la restitutions d’éléments de collections des musées occidentaux à leur pays d’origine. Ce fut le cas il y a quelques jours à propos des têtes maories détenues à Rouen, ou la demande de la Grèce au British Muséum de récupérer les frises du Parthénon.

Le Livre de Laurent Flutsch et Didier Fontannaz, « Le pillage du patrimoine archéologique – Des razzias coloniales au marché de l’art, un désastre culturel« , m’est parvenu dans les mains à point nommé.




Sans concession, un brin polémique, la charge est parfois sévère à l’encontre du marché de l’art, des grand collectionneurs et des institutions muséales.  Le Louvre, accusé notamment d’avoir pratiqué « longtemps une politique d’acquisition agressive et peu scrupuleuse », en prend pour son grade. Certes il a modifié en 2004 son système d’acquisition, mais les auteurs notent que le British muséum l’avait réformé dès 1988. Ce qui a valu au Musée français de rendre récemment l’Égypte des éléments d’une fresque égyptienne à son pays d’origine. Éléments acquis (de bonne foi ?) en 2000 et 2003.

Les pays qui se disent « pillés » de leur patrimoine se font de plus en plus entendre conduits dans cette croisade par une Égypte très revendicatrice.

Faut-il rendre le butin ? tel est le titre du septième chapitre. Flutsch et Fontannaz repondent oui dans deux cas : le premier quand le pillage est récent, le second dans le l »objet réclamé touche à l’identité ou la fierté nationale.

Mais plus intéressant encore est de lire leurs propositions pour l’avenir. L’une d’elles serait d »d’imaginer une circulation plus et plus globales des bien achéologiques… » Circulation non marchande d’objets bien documentés qui éviterait la nécessité des musées d’acquérir toujours plus de nouvelles pièces à exposer et par là-même d’entretenir un marché qui lui-même incite au pillage…

Le propos du livre :

Restes miraculés d’un lointain passé, les vestiges archéologiques sont de précieux témoins de l’histoire humaine.
En fouillant un site, l’archéologue moderne mène une enquête. Il cherche à tirer du sol le plus d’informations possible. Comme sur une scène de crime, tous les indices sont essentiels: les objets, les traces infimes, leurs positions dans le sol, l’environnement… Dès lors, un site pillé, c’est une archive détruite, une enquête ruinée, des connaissances perdues. Un trou de mémoire. Le patrimoine archéologique est hélas, depuis toujours, victime de convoitises dévastatrices.
De la Grèce antique à Napoléon, le pillage culturel fut de toutes les conquêtes. Et il nourrit encore bien des querelles, comme l’illustre le fameux cas des frises du Parthénon. Aujourd’hui, le pillage et la destruction sont mercantiles. Pour alimenter le commerce des antiquités, les fouilles clandestines se multiplient. Le trafic s’intensifie, le marché et la clientèle s’élargissent. On trouve sur Internet des pièces archéologiques à vil prix.
Sur tous les continents, des tombes sont éventrées par milliers, des monuments sont mutilés, des sites dévastés. Parce qu’ils créent la demande, ce sont les acheteurs d’objets archéologiques qui, souvent sans le savoir, provoquent ce fléau. Un désastre culturel ? Oui, car les pièces en vente sur le marché, comme celles volées par les conquérants de jadis, ne sont que le triste butin d’un pillage destructeur de mémoire.

Les auteurs :

Laurent Flutsch, archéologue, est actuellement directeur du Musa romain de Lausanne-Vide.
Il a dirigé auparavant la section d’archéologie du Musée national suisse de Zurich, et conduit divers chantiers de fouilles. Il est l’auteur de plusieurs catalogues et ouvrages sur l’époque romaine.

Didier Fontannaz est archéologue classique spécialiste de l’Italie antique. Assistant puis chargé de cours à l’Université de Lausanne, il a passé plusieurs années en Italie méridionale pour ses recherches et a participée diverses campagnes de fouilles dans cette ré ion.
Auteur de plusieurs articles spécialisés, il prépare actuellement son doctorat

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