150 ans de l’invention du vélocipède

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Michaux-FrancisqueANNIVERSAIRE – VELOCIPEDE

A Paris, en 1861, Pierre Michaux et son fils Ernest, artisans serruriers mécaniciens pour voitures à cheval avenue Montaigne, dans le quartier des Champs-Élysées, adaptèrent des pédales sur la roue avant d’une draisienne. Ainsi fut lancé le vélocipède, l’ancêtre de la bicyclette actuelle.

(Communiqué de presse) Le vélocipède connut rapidement un succès retentissant, faisant de Paris le berceau mondial de la bicyclette. Ce succès est de portée mondiale et l’histoire des sociétés des XIXe et XXe siècles peut être lue à travers son prisme. La place prépondérante que la bicyclette est amenée à prendre dans la ville contemporaine rend la célébration de ses origines, actuelle et riche de sens.

Une équipe, constituée à l’initiative de Francis Robin, historien et amateur de bicyclette, et animée par Frédéric Bobay, orchestre depuis 5 ans l’ensemble des événements qui auront lieu en 2011 autour de l’anniversaire du lancement du vélocipède. Cette initiative a donné naissance à l’association Paris Velocipedia qui a reçu le Haut Patronage de la Présidence de la République, le soutien de la Ville de Paris et celui de la ville de Bar-le-Duc. Elle figure dans la liste des célébrations nationales de 2011 du Ministère de la Culture.

Événements programmés en 2011

– Au 7 avril 2011 -Du 11 avril au 27 août 2011, Paris Exposition : « Facteurs factices »Présentation d’oeuvres artistiques et notamment d’étonnantes créations vélocipédiques. Coproduction de Saint-Martin-d’Abbat demain et de l’Adresse Musée de La Poste L’Adresse Musée de La Poste 34 boulevard de Vaugirard 75015 Paris Informations : www.ladressemuseedelaposte.fr

Du 13 mai au 14 août 2011, Paris Exposition : « Voyages à vélo – du vélocipède au Vélib’ » Cette exposition réunit de nombreux documents rares et cycles anciens retraçant l’histoire des voyages en deux-roues. Bibliothèques de la Ville de Paris Galerie des Bibliothèques – Ville de Paris 22 rue Malher 75004 Paris Informations : www.paris.fr

Du 25 au 28 mai 2011, Paris XXIIe Conférence Internationale d’Histoire du Cycle :« Le vélocipède : un porteur d’innovations » CNAM / Centre d’Histoire des Techniques et de l’Environnement (CDHTE) International Cycling History Conference (ICHC) Conservatoire National des Arts et Métiers 292 rue Saint-Martin 75003 ParisInformations : cdhte.cnam.fr et www.cycling-history.org

Du 17 au 18 juin 2011, Bar-le-Duc Week-end d’animations autour du vélocipède Michaux Ensemble d’évènements à Bar-le-Duc : exposition philatélique sur le vélo, une conférence, initiations aux vélocipèdes, une course de lenteur, des visites guidées, une sortie cyclotouriste. Ville de Bar-le-Duc Informations : www.barleduc.fr

Été 2011 Réédition de l’ouvrage Histoire du Vélocipède de Drais à Michaux, 1817 – 1870de Keizo Kobayashi Réédition par Les Artisans-Voyageurs Éditions de cet ouvrage de 1993 aujourd’hui épuisé, augmentée d’une mise à jour et de compléments. Cette thèse soutenue en 1990 sous la direction du professeur Jean Tulard est la référence mondiale de l’histoire des origines du vélocipède. Les Artisans-Voyageurs  ÉditionsInformations : www.artisans-voyageurs.com D’autres événements seront annoncés ultérieurement sur le site de ParisVelocipedia

Brève histoire du vélocipède

C’est dans un Paris en plein bouleversement avec les percées d’Haussmann, qu’en 1861, selon un faisceau de témoignages, qu’un artisan serrurier mécanicien pour voitures, Pierre Michaux, et son fils Ernest eurent l’idée d’adapter une manivelle munie de pédales sur la roue avant d’une draisienne. Cela se passa dans leur atelier situé avenue Montaigne, dans le quartier des Champs-Élysées. Ces pédales permirent de rouler en équilibre, sans poser pied à terre, ce qui était révolutionnaire. Un monument en l’honneur de ces inventeurs a été érigé en 1893 dans la ville natale de Pierre Michaux, Bar-le-Duc.

Paris Velocipedia« En mars 1861 (et non en 1855), un chapelier de la rue de Verneuil, M. Brunel, apportait à mon père son Vélocifère, afin qu’il réparât la roue d’avant, raconte Henry Michaux, frère d’Ernest, dans une la lettre publiée dans L’Éclair du 28 mars 1893. Le soir même, mon frère Ernest, âgé de 19 ans, prit la machine et s’en fut l’essayer avenue Montaigne. En rentrant, il dit, en ma présence :- Je me tiens bien en équilibre, mais c’est tout aussi fatigant d’avoir les jambes levées que de donner l’impulsion sur le sol avec les pieds.- Mais place donc, lui fit observer mon père, deux petits repose-pieds à la roue d’avant et, une fois lancé, puisque tu peux garder l’équilibre, tu auras les jambes en repos. Ou fais donc mieux : pour poser les pieds, adapte un axe coudé dans le moyeu de la roue, et fais tourner celle-ci comme tu ferais tourner une meule.Et mon frère exécuta tout de suite l’idée de mon père. De là, la pédale, qui fut imaginée par Pierre Michaux, et c’est son fils Ernest qui l’exécuta pour la première fois. » (Extrait de . Article consultable sur le site ww.parivelocipedia.fr

Au cours des années 1860, dans ce même quartier des Champs-Elysées, rue Jean Goujon, sera lancée la première industrie au monde de vélocipèdes (ce terme sous-entend aujourd’hui à pédales). Ce fut l’oeuvre de deux frères d’origine lyonnaise, Aimé et René Olivier. Animés d’un enthousiasme débordant, ces étudiants de l’École Centrale se prirent d’une passion pour ce véhicule et, au mois d’août 1865, ils partirent de Paris à vélocipède, avec leur ami de La Bouglise, pour rejoindre Avignon en huit jours : ce fut la première randonnée de cyclotourisme du monde.

Ils fondèrent ensuite en 1868 la société Michaux et Cie avec Pierre Michaux puis, en 1869, ils rachetèrent la totalité de l’affaire qui devint La Compagnie Parisienne des Vélocipèdes. Celle-ci, outre ses ateliers, ouvrit un manège pour permettre aux acheteurs d’apprendre à chevaucher le vélocipède.Cette société améliora progressivement ce véhicule qui devint plus léger, pratique, voire élégant : les modèles vendus en 1870 n’avaient plus qu’une très lointaine parenté avec la lourde draisienne. Celle-ci était constituée de deux roues en ligne et dirigée par un gouvernail, mais était démunie de pédale. Inventée par le Badois Karl Drais, elle avait été présentée au Jardin du Luxembourg le 5 avril 1818, après avoir fait l’objet d’un brevet d’importation délivré à Paris le 17 février 1818, brevet qui est à l’origine du terme vélocipède.

Des vélocipèdes furent présentés à la Seconde Exposition universelle qui s’est tenue en 1867 au Champ de Mars. Celle-ci a contribué à l’intérêt des classes aisées de la capitale, en particulier de la famille impériale, pour ce véhicule révolutionnaire et à son succès. Le Prince Eugène, fils de Napoléon III, en devint un fervent adepte.

Face à la demande croissante, de nombreux artisans se mirent à fabriquer des vélocipèdes et à proposer des innovations : une centaine à Paris en 1870 et presqu’autant dans le reste de la France. La région lyonnaise tint un rôle d’innovation important : Lyon, Voiron et Grenoble.

Le succès du vélocipède à Paris entraîna l’organisation de toute une série de courses. Le 8 décembre 1867, une centaine de vélocipédeurs se réunirent devant le Panorama, aujourd’hui le Théâtre du Rond-Point, pour rejoindre Versailles sur leur véhicule. Le 24 mai suivant, la première course sur piste au monde eut lieu au Pré Catelan dans le bois de Boulogne. C’était peu après la fondation, le 15 mai, du « Véloce-club de Paris », deuxième après celui de Valence des nombreux cercles de vélocipédistes créés à cette époque.Le 31 mai 1868, la première course officielle au monde, avec remise de médailles à l’effigie de Napoléon III, fut organisée dans le parc de Saint-Cloud, dont le château est résidence impériale en cette saison, en présence du prince Eugène. Puis, les compétitions se succédèrent. À Bordeaux, le 1er novembre 1868, se tint la première course féminine. En octobre 1869, la direction du Pré Catelan décida de mettre au programme des Fêtes de la Vélocipédie une exposition présentant près de 80 modèles. Peu après, le 7 novembre 1869, se déroula la première épreuve sur route, le célèbre Paris-Rouen, qui réunit 120 concurrents. L’artisan Suriray, qui avait équipé le vélocipède du gagnant d’un roulement à billes, se servit de cette victoire pour promouvoir son nom, marquant les débuts de l’utilisation d’une compétition sportive aux fins de publicité.

En disciples de Saint-Simon, Aimé et René Olivier, voulaient que le vélocipède servît aussi aux travailleurs pour alléger leur peine. Deux bureaux de poste furent équipés dès février 1869 de vélocipède : celui de Marennes (Charente-Maritime) dont Aimé Olivier était maire et aussi curieusement celui de Visan, situé dans l’enclave du Vaucluse dans la Drôme au nord d’Avignon. Les porteurs de dépêches en furent ensuite équipés.

Parallèlement, le nombre de brevets déposés à Paris pour les vélocipèdes s’accrut rapidement, passant de 61 en 1868, dont celui de Desnos pour une bicyclette, à 128 l’année suivante, loin devant l’Angleterre et les États-Unis. Les trois pays totalisèrent près de 500 brevets entre 1868 et 1870.Et, en 1874, Émile Viarengo de Forville, consul d’Italie à Nantes, dépose à Paris un brevet pour un nouvel engin équipé de pédales, à mouvement circulaire et placées entre les deux roues, et une transmission par chaîne sur la roue arrière : des photos jointes attestent de cette première bicyclette construite connue au monde.

A la même époque, un ingénieur parisien, Louis-Guillaume Perreaux, réalisa un vélocipède équipé d’un moteur à vapeur qu’il perfectionna entre 1871 et 1873. Cette machine, qui serait la première moto au monde, fait partie des collections du Musée d’Ile-de-France à Sceaux. Les techniques et les savoir-faire des constructeurs de vélocipèdes contribuèrent au lancement de la fabrication des automobiles et des avions.Le vélocipède dans la presse et la publicitéLa presse refléta le succès du vélocipède à travers de nombreux articles. Par exemple, un article intitulé En véloce ! En véloce ! promeut ce véhicule dans Le Sport du 28 juillet 1867, dans le contexte de l’Exposition Universelle.

Le 1 er avril 1869, sort à Paris un périodique spécialisé, le Vélocipède Illustré, dirigé par Richard Lesclide, futur secrétaire de Victor Hugo. C’est la première publication pérenne au monde consacrée au vélocipède. La publicité y tient une place importante. Auparavant, celle-ci était publiée dans la presse généraliste comme l’artisan Cadot, dans Le Courrier de Lyon du 12 septembre 1867 – première publicité connue de vélocipède – ou, quelques mois après, Michaux dans la Gazette des Étrangers de mars 1868. La publicité contribua au développement de l’industrie vélocipédique.Un témoignage vivant de cette période dans les rues de Paris : le café « Le Vélocipède » ouvert en 1882 au 79 boulevard de Sébastopol, est toujours en activité avec le même nom, et ce, au coeur d’un quartier où se développa jadis la production de bicycles.Du vélocipède à la bicycletteAprès 1870, le bicycle munie d’une roue avant démesurée, appelé par la suite grand-bi, tendit à remplacer les vélocipèdes Michaux et Olivier en raison de sa vitesse supérieure : un tour de pédale entraîne un tour de roue. Mais la bicyclette, moins dangereuse et plus efficace, lui succéda dans les années 1880. En raison de son prix en forte baisse et de l’emploi du pneumatique démontable, ce mode de transport devint progressivement accessible à un large public. Et en 1900, près d’un million de bicyclettes circulaient en France. Elles joueront un rôle important mais en général méconnu dans l’évolution de la société, tant en milieu rural qu’urbain. La bicyclette se substitua progressivement au cheval pour le transport des personnes. De nombreuses courses de bicyclettes furent alors organisées, tel le Paris-Brest et retour lancé en 1891. Cette épreuve périodique eut deux conséquences. D’abord, elle a donné son nom à une célèbre pâtisserie, en forme de roue de bicyclette, le paris-brest. Le pâtissier de Maisons-Laffitte Louis Durand l’a conçue en 1910 en l’honneur de la course dont son voisin et client, Pierre Giffard, était le fondateur. Ensuite, cette épreuve fut à l’origine du succès industriel des frères André et Édouard Michelin qui avaient équipé le vainqueur du premier pneumatique démontable, mis au point pour la bicyclette et récemment breveté.La bicyclette a aussi tenu un rôle important pour le développement des voyages et du tourisme, avec la création du Touring-Club de France. Pierre et Marie Curie en furent des précurseurs : ils reçurent en cadeau de mariage, à Sceaux en 1895, une paire de bicyclettes avec lesquelles ils partirent en lune de miel puis, les années suivantes, en touristes à travers la France.Seule, la ville de Paris, a réuni autant d’évènements historiques, autant de premières mondiales, relatifs à la vélocipédie, ce qui fait de Paris le berceau mondial de la bicyclette.

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