Frissons légendaires dans un monument historique

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RECONVERSION – MONUMENT HISTORIQUE

Les amateurs de frissons et d’émotions glaciales pourront jouer à se faire peur dans un nouveau lieu parisien insolite. Depuis le 6 mai 2011, le Manoir, hanté par de sinistres légendes parisiennes, ouvre ses portes dans un monument historique.

Ceux qui ont fréquenté, de 1978 à 1991,  le musée de l’Affiche et de la Publicité connaissent ce lieu insolite et qui n’est pas dénué d’intérêt. C’était à l’origine le siège des faïenceries de Choisy-Le-Roy, connue également sous le nom de maison Hippolyte Boulenger. Au 18 de la rue de Paradis, dans le 10è arrondissment, la façade, incrustée d’éléments de céramique, annonce un décor de théâtre. Depuis le porche d’entrée nusqu’au perron, ses murs ont conservé les décors de céramiques peintes. L’immeuble, construit dans les années 1890 par l’architecte Georges Jacottin et classé en 1981, était conçu pour présenter à la clientèle un  catalogue spectaculaire de la production de la faîencerie. A l’intérieur subsistentle vestibule, la cour, la salle de réception de la clientèle, et, au premier étage, la grande verrière que l’on peut découvrir entre les interstices des nouvelles installations. l’ancien décor paisible est une aimable préparation à ce qui attend ensuite l’invité.

Car aujourd’hui, c’est un tout autre spectacle qui attend le visiteur.

Fichier:Magasins Boulenger.jpgComédiens et machines hantent les lieux avec la même obstination : faire peur. Les cris s’entendent depuis la rue. Cardiaques, femmes enceintes et épileptique s’abstenir…

photo ci-contre : la façade en 2010 (source wikipedia)

Si j’ai accepté l’invitation, c’était mu par une double curiosité outre le frisson que, personellement je ne goûte guère. La première était la découverte des décors insolites et originels, et sur ce plan je n’ai pas été déçu. La seconde était la promesse de plonger le visiteur dans treize légendes parisiennes (lire ci-dessous). Certains effets sont indéniablement réussis et efficaces, malgré le jeu des comédiens sur un registre un peu trop unique, quelque soit la scène évoquée. Spectacle ou attraction ? Et au final, j’ai trouvé le passage dans ce dédale mystérieux un peu trop rapide pour goûter à ces légendes parisiennes.

A la sortie, cette visite peu ordinaire m’a donné l’envie de trouver les sources littéraires des scènes évoquées et m’a conforté sur un autre point : la préservation d’un lieu historique tient à la nouvelle fonction qu’il trouve pour survivre. Pourquoi pas celle-ci, si elle lui épargne l’abandon et la ruine…

Les 13 scènes présentées :

Niveau souterrain

I. Les catacombes de Paris.

Le 3 novembre 1793, Philibert Aspairt s’aventure dans les carrières situées sous le couvent du Val de Grâce dans l’espoir, rapporte la légende, de trouver quelques bouteilles de la liqueur réputée des moines : la Chartreuse. Il ne revient jamaisde son expédition. Les recherches cessent rapidement en cette période de Terreur. Onze ans plus tard, son corps est découvert par des ouvriers de l’inspection générale des carrières sous la rue de l’Abbé de l’Epée. Un trousseau de clés permet d’identifier le squelette de celui qui fut portier du Val de Grâce.

Devenue lieu de pélerinage des cataphiles, une stèle érigée à la mémoire de ce personnage légendaire porte l’inscription suivante : “A la mémoire de Philibert Aspairt perdu dans cette carrièrele 3 novembre 1793, retrouvé onze ans après et inhumé en la même place le 30 avril 1804”.

II. Le crocodile des égoûts de Paris

En mars 1984, les égoûtiers qui travaillent sous le Pont Neuf découvrent un animal d’1m de long, tapi dans un coin, à quelques mètres d’eux. Il s’agit d’un crocodile du Nil. Les pompiers capturent l’animal au lasso et le confient au zoode Vannes. Baptisée Eléanore, ce cocodile femelle mesure aujourd’hui 3 m de longet pèse 250 kg. Crocodiles et autres monstres des égoûts : Si la légende court que de nombreux crocodiles peuplent les égoûts de New-York, il est aussi rapporté que certains d’entre eux auraient élu résidence sous le boulevard Saint Marcel à Paris.

Victor Hugo évoque quant à lui, dans Les Misérables, la découverte d’un squelette d’orang-outang échappé du Jardin des Plantes sous l’Empire. Les égoûts de Paris hébergeraient aujourd’hui5 millions de rats, soit plus de 2 rats par habitant…

III. Le fantôme de l’Opéra

La légende veut qu’un monstre défiguré hante l’opéra Garnier. De mystérieux événements surviennent à la fin du XIXe siècle accréditant cette rumeur : le 20 mai 1986, le grand lustre de la salle se décroche faisant une victime au cours d’une représentation du Faust de Gounod. L’ironie du sort veut que ce spectateur ait été assis à la place N° 13. Un petit rat chute mortellement d’une galerie sur la 13ème marche du grand escalier. Un machiniste est retrouvé pendu au bout d’une corde. Une chanteuse nommée Christine Daaé aurait rencontré ce fantôme et noué une relation amoureuse avec lui… Serait-ce parce que l’opéra Garnier est la 13e salle d’opéra construite à Paris ?

La légende d’un lac souterrain dans lequel seraient élevés des poissons pour servir de nourriture au fantôme court toujours.

IV. La prison du masque de fer

Le 19 novembre 1703, décède à La Bastille, après 34 années de détention, l’un des prisonniers les plus fameux de l’histoire française : l’homme au masque de fer. La légende s’empare alors de l’histoire. Quelle était l’identité de ce mystérieux prisonnier “toujours masqué d’un masque de velours noir” selon le registre d’écrou de la prison ? Tout d’abord incarcéré à la forteresse de Pignerol, puis à la prisonSainte-Marguerite de Lérins et à La Bastille, il est placé sous la garde vigilante d’un ancien mousquetaire, le marquis de Saint-Mars. La rumeur prétendqu’il pouvait s’agir du frère jumeau de Louis XIV, du surintendant Nicolas Fouquet, de Henri II de Guise, voire de Molière ou de d’Artagnan…

Si certaines sources dontle registre paroissial Saint Paul consignent le nom de Marchioly, le mystère de l’identitéde l’homme au masque de fer n’est toujours pas élucidé.

V. La cave aux vampires

Si les Carpates sont la terre originelle des vampires, de nombreux récits ont élu Paris pour scène. Au nombre des plus connus figurent les “Chroniquesde Vampires” de l’écrivain américain Anne Rice avec pour personnage principal Lestat de Lioncourt, un noble français transformé en vampire au cours du XVIIIème siècle. Avant de quitter Paris, il lègue le théâtre dans lequel il jouait sous le nom de Lestat de Valois au doyen des vampires sur terre, Armand. Rebaptisé Théâtre des vampires, cet édifice, alors situé boulevard du Temple, abrite dans ses sous-sols une troupe de vampires qui donnent des spectacles pour un public de mortels. Il sera incendié avec tous ses occupants par le vampire Louis de Pointe du Lac.

VI. Le métro de Paris

Le dimanche 16 mai 1937, à 18H30, une jeune femme en robe verte et chapeau blanc est retrouvée poignardée sur la ligne 8. Laetitia Toureaux, seule passagère du wagon de 1ère classe, s’écroule à terre lorsque la rame 382 s’arrête à la station de La Porte Dorée, un laguiole planté dans le cou. Une minute et 20 secondesse sont tout juste écoulées depuis que le train a quitté à 18H27 le terminus de la Porte de Charenton. Aucun des témoins interrogés n’a vu monter ni descendre personne de la rame de même que passer d’une rame à l’autre.

L’enquête met à jour la personnalité trouble de la victime, ouvrière le jour, employée au vestiaire d’une guinguette le soir et les week-ends, détective à ses heures. Le meurtre et ses mobiles n’ont jamais été élucidés. Un crime parfait !

Niveau terrestre

VII. Le cimetière du Père Lachaise

Le cimetière du Père Lachaise ouvre le le 21 mai 1804 sur l’ancienne propriétédu père François de La Chaise d’Aix, confesseur de 1675 jusqu’à sa mort en 1609du roi Louis XIV. Réputé pour abriter la sépulture de gens célèbres, le cimetière du Père Lachaise l’est aussi pour ses mystères. La rumeur veut que des messes noires y soient régulièrement célébrées, que certaines tombes donnent accès aux catacombes, qu’un ossuaire secret soit enfoui sous le monument aux morts de Bartholomé…

A la fin des années 40, des tombes profanées et des corps de jeunes filles mutilées sont retrouvés dans différents cimetières de Paris dont celui du Père Lachaise. Ces faits qui sont l’oeuvre d’un sergent nécrophile, François Bertrand, inspirent notamment la légende du loup-garou de Paris.

VIII. Le fantôme ensanglanté du jardin des Tuileries

L’histoire du jardin des Tuileries s’inscrit au XVIème siècle sous le règne de Catherine de Médicis. En 1564, la reine décide d’acquérir un terrain à proximité du Louvre pour faire construire le palais des Tuileries. Y résident, outre deux tuiliers, un boucher surnommé, Jean l’Ecorcheur. La reine charge un noble du nomde Neuville de l’assassiner au motif qu’il connaissait trop bien ses secrets. Au moment de mourir, Jean l’Ecorcheur lance une sombre prédiction : “Je reviendrai”.

Son fantôme ensanglanté apparaît à Neuville qui retournant sur le lieu du crime après son rapport, constate la disparition du corps. L’astrologue de la reine, Cosme Ruggieri, confirme la prédiction. Quelques jours plus tard, Catherine de Médicis rencontre le spectre de l’homme rouge et quitte le palais pour une nouvelle résidence. Il apparaît ensuite successivement : en 1792, à Marie-Antoinette, prisonnière des lieux pendant la Révolution; en 1815, à la veille de Waterloo, à Napoléon Bonaparte ; en 1824, quelques jours avant sa mort, à Louis XVIII ; en 1870, à l’impératrice Eugénie.

En mai 1871, sous la commune, le palais des Tuileries est détruit par un gigantesque incendie. Le spectre de l’homme rouge aurait été aperçu au milieu des flammes. Chemine-t-il toujours dans les allées de son jardin ?

IX. La bibliothèque de l’alchimiste

Les livres sont un puits de savoir et la bibliothèque l’antre de l’alchimiste à la recherche de la Pierre Philosophale. L’un des plus célèbres d’entre eux, Nicolas Flamel (1330 env – 1418), était libraire rue des Escrivains à Paris. Fulcanelli, le mystérieux auteur du “Mystère des cathédrales”, aurait découvert le Grand Oeuvre au XIXème siècle.

Quant à l’alchimiste d’Aloysius Bertrand dans Gaspard de la Nuit, il feuillette en vain les “les livres hermétiques de Raymond Lulle”. La bibliothèque regorge de traités d’alchimie et de grimoires de magie. On y trouve des ouvrages aussi célèbres que “La table d’émeraude” d’Hermès Trismégiste, “Le Miroir d’alchimie” de Roger Bacon, le “Livre des secretsd’Albert le Grand sur les vertus des herbes, des pierres et de certains animaux”. L’auteur (1200 env – 1280) vécut un temps dans le quartier latin à Paris. Mais aussi des livres plus récents comme “L’oeuvre au noir de Marguerite Yourcenar”.

X. Le pâtissier sanguinaire

En 1387, une série d’étudiants étrangers disparaissent à Paris. Il sont victimes d’un barbier fou qui leur tranche la gorge pour le compte d’un pâtissier voisin. Ce dernier, après avoir haché menu leurs corps, réalise dans son laboratoire de succulents pâtés “à la chair délicate” qu’il vend dans son commerce. L’échoppe se situe rue des Marmousets (aujourd’hui rue Chanoinesse) sur l’île de la Cité. L’affaire est éventée grâce au chien d’un client allemand qui hurle à mort plusieurs jours consécutifs en attendant toujours le retour de son maître. Les noms des victimes seraient gravés sur des dalles au fond d’une cour d’un immeuble voisin.

XI. Le cabaret des assassins

Fréquenté par des artistes célèbres tels que Picasso, Debussy ou Maupassant, Le Lapin Agile est l’un des plus vieux cabarets de Paris. Cette auberge de Montmartre, dénommée en 1860 “Au rendez-vous des voleurs” fut un temps connue sous le nomde “Cabaret des Assassins”. A ses murs, de nombreux dessins représentent les figures de meutriers célèbres : Ravaillac, Troppmann…

XII. Les gargouilles et chimères

La légende raconte que les gargouilles et les chimères de Notre-Dame de Paris s’animent la nuit pour faire peur aux mauvais esprits. Monstres hybrides, mi-bêtes ou mi-hommes, ces animaux fantastiques sculptés dans la pierre sont les gardiensdu Bien. La rumeur dit qu’elles hurlent l’approche du Mal.

XIII. Le bossu de Notre-Dame de Paris

Quasimodo est le personnage principal du célèbre roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris. Ce personnage effrayant, défiguré, vivait dans les tours de la cathédrale. A la fois applaudi et hué par la foule, celui qui fut surnomméle bossu de Notre-Dame fascine le peuple comme un monstre. Il sembleraitque son portrait ait été inspiré par un véritable bossu, tailleur de pierresur la cathédrale, à l’époque où Victor Hugo écrit son roman…

A l’avenir de nouvelles scènes pourraient être ajoutées à celles-ci

En savoir plus sur le Manoir de Paris et les conditions de la visite

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