Voeux au monde de la Culture

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Déplacement à Marseille à l'occasion des voeux au monde de la culture - 12VOEUX – NICOLAS SARKOZY – POLITIQUE – PATRIMOINE

Le Président de la République, Nicolas Sarkozy, a présenté ses voeux au monde de la Culture depuis le chantier MuCem à Marseille, le 24 janvier 2012. Il y a parlé culture, patrimoine, musées…

Extraits :

Culture :

D’abord je veux répéter, redire combien, à mes yeux, la Culture n’est pas un « supplément d’âme » que s’offrirait une société de consommation repue. La Culture c’est le ciment de notre cohésion, le moteur du dynamisme de l’économie et le gage indispensable pour que nos territoires demeurent attractifs.

Plus la tempête est forte, plus le vent souffle – non, ce n’est pas Marseille, c’est le mistral ! — plus la Culture doit nous servir de boussole.

La Culture, c’est la réponse française à la crise. Je devrais dire aux crises.

A la crise des valeurs. La Culture nous fournit un héritage, des repères, un monde commun à partager. « La Culture, c’est ce qui répond à l’homme quand il se demande ce qu’il fait sur la terre. », disait MALRAUX au moment de l’inauguration de la Maison de la Culture d’Amiens.

Et il est capital de comprendre qu’en face d’une crise sans précédent, le choix de la France, c’est de s’appuyer sur sa politique culturelle. D’ailleurs ce n’est pas un hasard si, alors que nous venons de connaître trois années de crises financière et économique, jamais nos salles de théâtre, nos concerts, nos ballets, nos cinémas, n’ont attiré davantage de spectateurs. Jamais la production de nos œuvres n’a été si abondante et si diversifiée. Les pays en crise sont des pays qui arrêtent tous les projets au nom d’une contrainte budgétaire que, par ailleurs, je comprends naturellement. Mais la réponse à la crise, c’est de continuer l’architecture, continuer les musées, continuer la production, continuer la création dans le cinéma, continuer les salles de concert. La réponse à la crise ne peut pas être dans la rétractation.

J’ajoute qu’il est maintenant démontré que la Culture — et ce n’est pas lui faire injure, bien au contraire — est un élément du dynamisme économique de notre pays. Ce n’est pas lui faire injure parce que « l’effet Bilbao » n’est plus à démontrer. Nos amis espagnols, confrontés à une crise sans précédent de leur sidérurgie, ont décidé que Bilbao, non seulement allait survivre, mais allait être une des capitales économiques de l’Espagne alors même que la sidérurgie espagnole disparaissait. Et la décision qu’ils ont prise, c’est ce parti pris de la qualité architecturale, Cher Rudy, de la qualité architecturale autour d’un projet phare, le Guggenheim de Frank GEHRY. Eh bien, à partir de là, on a construit à Bilbao, une locomotive économique pour l’Espagne. Ce qui devenait un désert économique, par la culture, par l’architecture, par le Guggenheim, est devenu un foyer de recettes fiscales en plus et de surcroit d’activité. Il n’y a pas de marchandisation de la culture parce qu’on évoque l’impact économique de la culture. La culture c’est le partage avec le plus grand nombre et tant mieux si ça fait venir des touristes, tant mieux si ça fait venir des visiteurs, tant mieux si cela génère des recettes.

Et je le dis, Cher Jean-Claude, comme je le pense, le MuCEM vise le même rôle de symbole et de catalyseur – grâce à cette œuvre magique de Rudy RICCIOTTI – sur ce front de mer de Marseille que le Guggenheim à Bilbao.

Et c’est pour cela, Cher Frédéric MITTERRAND, que je n’ai pas accepté que l’on remette en cause l’investissement dans le MuCEM. Ne croyez pas que les demandes n’ont pas été nombreuses en ce sens. Et n’imaginez pas que 100 millions d’euros investis par l’État ici, ce fut un choix facile. Mais si, avec la crise, on coupe tous les projets culturels, alors il n’y a aucune possibilité de rebond. Je dirais même que c’est parce qu’il y a la crise qu’on doit développer les projets à dimension culturelle. J’ai d’ailleurs eu exactement la même réaction, je le dis pour les élus du Vaucluse, au moment de l’extension de la collection LAMBERT en Avignon : pour que la générosité de ce galeriste de génie puisse produire tous ses effets sur le tissu culturel, social et économique. Le MuCEM sera une fierté pour tout Marseille et pour la région. Si on ne donne pas d’espérance dans la crise, quelle est la réponse à la crise ?

Alors dans ce contexte de crise sans précédent — il y a une citation de GRAMSCI qui, au fond, résume tout : la crise c’est « l’ancien monde qui n’arrive pas à mourir, tandis que le nouveau ne parvient pas à naître ». Franchement on a rarement dit quelque chose d’aussi intelligent et d’aussi synthétique. Un ancien monde qui meurt sous nos yeux dont on voit bien que les références sont en train de disparaître. Et le nouveau monde qui est là, dont on ne voit pas tout à fait les contours. Et bien la Culture, parce qu’elle est porteuse de sens, parce qu’elle est porteuse de renouveau, parce qu’elle est porteuse de dynamisme, peut nous servir de boussole.

Patrimoine

Quand nous regardons nos partenaires et nos amis européens, nous tous qui voyageons, nous sommes parfois tristes de constater l’état des lieux de patrimoine, leur délabrement parfois. J’avais pris l’engagement de consacrer beaucoup de moyen à la restauration de nos monuments historiques. 400 millions d’euros par an de 2008 à 2012, c’est 100 millions de plus chaque année par rapport au niveau antérieur.

Un pays qui n’entretient pas son patrimoine, c’est un pays qui renie son histoire. Et il ne faut pas opposer le spectacle vivant, patrimoine de demain, au patrimoine d’aujourd’hui. Une politique culturelle ne doit pas aller dans une seule direction, elle doit soutenir la création et soutenir la diffusion, soutenir le patrimoine. Dans la crise, le ministre a pu bénéficier du Plan de relance au travers des chantiers patrimoniaux : je pense notamment aux 47 de nos 86 cathédrales qui ont bénéficié d’une campagne de restauration. Et que l’on ne vienne pas me dire que cela vient heurter le principe de la laïcité. On peut rentrer dans une cathédrale sans être militant ou appartenir à quelque communauté que cela soit. Et quand on voit le long manteau de cathédrales et d’églises qui couvrent la France, on comprend que la France a des racines et que ce n’est insulter personne que de dire que la France a des racines chrétiennes. Elle n’a pas que des racines chrétiennes, mais elle a des racines chrétiennes, et disant cela on appartient à aucune église, à aucun clan, on regarde son pays, on contemple son histoire et on reconnaît ses racines.

Je pense au Centre Pompidou Metz et j’en parle parce que c’est un succès sans précédent, pas un centime n’a été retiré à ce projet. En ce moment même, le chantier du Louvre à Lens se déroule exactement comme nous l’avions promis. Le département des Arts de l’Islam décidé par Jacques Chirac a eu les crédits nécessaires et sera ouvert au mois de septembre — autre réalisation de Rudy RICCIOTTI. Je pense encore à l’extension du musée Picasso. Pas un projet n’a été arrêté. Je voudrais dire aussi combien je suis attentif au projet de Vallée des Impressionnistes que l’on pourrait faire en Normandie, autour du musée d’Orsay.

La Maison de l’Histoire de France que j’ai profondément voulue s’est mise en place entourée d’une polémique extraordinaire et cette polémique montre que nous sommes vivants ! Quel est le pays qui est capable de susciter tant de débats sur une Maison de l’Histoire de France ? Il y a deux manières de le voir : on peut dire c’est un souci, certes, mais on peut dire aussi que c’est de la passion. Et moi j’y vois la passion.

Le nouveau Centre des Archives Nationales est le plus important chantier culture, près de 300 millions d’euros, qui se termine.

Pour l’Hôtel de la Marine, je fais miennes les conclusions de la commission du président Giscard d’Estaing : les zones patrimoniales seront ouvertes au public sous la responsabilité du Louvre, qui y présentera des pièces de très grande valeur historique et artistique, les cours principales seront transformées en rues piétonnes, les emplacements au rez-de-chaussée seront concédés aux métiers d’art et de civilisation françaises.

Mesdames et messieurs, je veux que vous compreniez, vous tous qui êtes engagés dans ce monde culturel si divers, si jeune par sa capacité éruptive et créatrice, que vous pouvez être fiers d’une nation qui est capable de traverser toutes ces crises sans supprimer un projet, un centime d’euro. C’est la réponse française à la crise.

Grand Paris

Je pense au Grand Paris que j’ai voulu et qui doit mobiliser le dispositif du « 1% artistique ». Quand je pense à ce qu’ont représenté les bouches de métro de GUIMARD pour donner une identité, une unité aux vingt arrondissements parisiens, je souhaite que le Grand Paris puisse porter grâce au 1% culturel le projet culturel d’une signalétique sans précédent.

Musées

Alors, s’agissant de notre politique culturelle, je crois qu’il nous faut développer la proximité géographique avec les œuvres, car il y a une véritable inégalité française : 60 % des parisiens fréquentent des lieux culturels, ils ne sont que 14 % dans les villes de moins de 20 000 habitants. C’est un sujet, on ne peut pas le contester. La question de la proximité géographique dans un pays qui compte 1 200 musées, 5 000 écrans de cinéma, c’est quand même un sujet et je soutiens vraiment l’initiative remarquable d’Alain SEBAN, cher Frédéric MITTERRAND, du Centre Pompidou mobile. Si les gens ne vont pas au musée ce sont les œuvres qui doivent aller aux gens. Le musée n’est pas un endroit fermé, immobile, statique et j’ai été profondément ému lors de la première étape à Chaumont du Centre Pompidou mobile : 14 chefs d’œuvre, et en deux mois il y a eu plus de visiteurs que de population dans cette ville. Est-ce qu’ils y auraient été ? Je sais également que, j’en suis sûr, que le Louvre-Lens, comme le Centre Pompidou -Metz seront des grands succès.

Je sais que la gratuité des musées et monuments de l’État pour les jeunes de 18 à 25 ans et pour les enseignants a fait polémique. Je le sais. Et d’ailleurs, il n’y avait pas que des arguments absurdes. Est-ce que l’on respecte ce qui est gratuit ? Non ! Mais la préoccupation des hommes et des femmes de culture que vous êtes, la priorité, devrait être le public de demain. Je faisais le bilan avec le ministre sur les 18 premiers mois de gratuité pour les jeunes. Le nombre de visites imputables à cette mesure est de près de 3 millions de jeunes de 18 à 25 ans dans les musées, qui ne seraient pas venus sans cette mesure. Et, tenez-vous bien, 500 000 enseignants. Cette gratuité n’enlève aucune recette au musée, elle élargit votre public.

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