Frédéric Mitterrand marque son soutien au patrimoine religieux

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Image illustrative de l'article Cathédrale Notre-Dame de ChartresPATRIMOINE RELIGIEUX

A Chartres le 5 mars 2012Frédéric Mitterrand, a présenté la politique du Gouvernement en faveur de la restauration et de la valorisation du patrimoine religieux.

Dans son discours, le ministre a évoqué l’importance du patrimoine religieux, l’investissement de l’Etat dans l’entretien des cathédrales et le Plan cathédrale en Région Centre, l’avenir du patrimoine religieux en milieu rural, de nouvelles nominations à la tête du comité du patrimoine cultuel, la question des éoliennes….

L’importance du patrimoine religieux

Extrait du discours :

« Le patrimoine religieux représente en effet 30% des monuments protégés et 48% des crédits réservés aux monuments historiques lui ont été consacrés. Engagée par Alexandre Lenoir face au vandalisme révolutionnaire, poursuivie par les inspections de Prosper Mérimée à travers la France et avec la création de l’Inventaire général en 1964 – auquel on se doit d’associer le nom du grand historien de l’art André Chastel, la politique du patrimoine est dépositaire d’une longue filiation, étroitement associée à l’histoire de l’Etat. Elle est aussi, on ne doit pas l’oublier, le reflet de la « mosaïque France », elle est l’expression de la diversité de la société française d’aujourd’hui. Je tiens à dire l’importance que mon ministère attache à la diversité des patrimoines religieux, à cette diversité qui est le socle même d’une laïcité bien comprise, une « laïcité d’intelligence » et non une « laïcité d’indifférence » pour reprendre la distinction établie par Régis Debray.

Ainsi, les églises protestantes de saint Pierre le Jeune et Sainte Aurélie à Strasbourg ont-elles bénéficié de subventions de mon ministère à hauteur de 40% en 2011 ; ainsi les synagogues de Mulhouse et de Bordeaux bénéficient-elles de subventions afin d’en restaurer les bâtiments ; ainsi la grande mosquée de Paris a-t-elle bénéficié de 1,42 million de subventions en plusieurs tranches afin de restaurer ces espaces. Il faut dire et rappeler que le patrimoine religieux n’est pas protégé au titre des monuments historiques pour son caractère religieux mais pour son intérêt historique, artistique, architectural ou technique. Selon les critères du Code du patrimoine, tout le patrimoine religieux quelle que soit son origine – églises, cathédrales, mosquées, synagogues et temples bouddhistes, etc. – peut être protégé au titre des monuments historiques.

Restaurer le patrimoine des édifices religieux, ce n’est donc pas simplement donner aux fidèles de tous les cultes les conditions d’expression de leur foi, c’est aussi préserver l’empreinte de l’histoire et du temps, c’est faire se rencontrer le collectif et l’intime, en d’autres termes c’est construire les conditions d’un patrimoine commun, d’un patrimoine mieux partagé.

Mais il n’est de patrimoine vivant sans un usage partagé et diffusé ; Certains monuments d’origine cultuelle bénéficient d’une affectation culturelle qui permet d’en assurer leur pérennité. C’est ainsi que le couvent des Bernardins à Paris, propriété de l’association diocésaine, a été complètement restauré entre 2004 et 2008 (montant des travaux : 16,64 millions d’euros) avec l’aide de l’État (40% de subvention) pour le transformer en centre culturel. De même, l‘abbaye de Fontevraud en Paysde-la-Loire, propriété de l’État, fait l’objet d’une convention avec le conseil régional qui assure sa mise en valeur, sa promotion et l’animation culturelle. L’État continue chaque année d’y mener les travaux de restauration. »

La cathédrale de Chartres et le plan cathédrale en Région Centre et les autres

 » J’ai tenu à être à Chartres aujourd’hui, devant ce joyau de notre patrimoine inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979 afin de saluer l’un des grands chantiers de restauration engagés dans cette région dont on se plaît à dire qu’elle est le « jardin de la France » et dont chacun connaît ici la richesse, la qualité et le rayonnement international du patrimoine.

Chantier exemplaire dans la mesure où il a bénéficié d’un soutien affirmé de l’Etat, à travers le Contrat de projet Etat-région mais aussi les engagements du ministère de la Culture et de la Communication – à hauteur de 5 millions d’euros pour les 2 premières phases de travaux – des Fonds européens, des collectivités territoriales, mais aussi, je tiens à la
signaler, d’actions de mécénats réguliers. Je tiens à rendre hommage aux Amis de la cathédrale de Chartres, à Chartres, sanctuaire du monde, à la fondation GDF-Suez, à la Fondation du Crédit agricole pays de France : sans leur concours précieux, sans leur soutien, le grand vaisseau de pierre ne pourrait susciter l’admiration des millions de visiteurs et de pèlerins.

Chantier exemplaire aussi dans la mesure où, après la restauration des vitraux achevée en 2003, après celle de la façade et de la rose, la restauration du choeur et des premières travées donnent à voir et à observer à tous les visiteurs ce qu’a produit la main des hommes et des compagnons, avec des découvertes importantes pour les historiens et les
architectes de la période médiévale, tels les roses peintes en trompe l’oeil à l’entrée de la nef.

Le « Plan cathédrales » en région Centre ce sont 5 cathédrales – Bourges, Chartres, Tours, Blois, Orléans, c’est un objectif de 36 millions d’euros sur 6 années, soit une moyenne de 6 millions d’euros par an, au lieu de 3 précédemment. Derrières ces chantiers, il y a des femmes et des hommes, il y a des entreprises de restauration, il y a un tissus économique. Car ne l’oublions pas, investir dans le patrimoine, c’est non seulement transmettre un héritage, un paysage, c’est aussi renforcer l’attractivité touristique et développer l’emploi culturel. Bénéficiant des crédits du Plan de relance en 2009 et 2010, 44 cathédrales de l’Etat ont bénéficié de travaux d’entretien et de restauration – sur un total de 87 cathédrales appartenant à l’Etat.

Clochetons de la cathédrale de Rouen, transepts des cathédrales d’Amiens et de Beauvais, tour et clocher de la cathédrale de Nevers, vitraux des cathédrales de Poitiers et de La Rochelle, ces chantiers dessinent un vaste continent de pierres et disent l’immensité de la tâche. « 

Le patrimoine religieux en zone rurale : une nouvelle attention aux chapelles oubliées

« La question de l’usage des édifices se pose particulièrement en zone rurale où, bien souvent, les églises sont sauvegardées avec l’appui d’associations et de bénévoles. Elles sont un repère mémoriel, un marqueur de l’identité de la commune, au-delà de leur usage cultuel parfois devenu très ponctuel. L’entretien parfois insuffisant, le regroupement des paroisses peuvent rendre très précaire la conservation des édifices en zone rurale alors que beaucoup d’entre-eux, au-delà de l’intérêt architectural recèlent des trésors artistiques. J’ai sensibilisé mes services à cette dimension et j’ai souhaité qu’une attention particulière à ces chapelles oubliées, à ces temples du « désert » qui disent l’histoire autant qu’ils façonnent le paysage mais aussi la toponymie. Je pense aux pays de bocage, aux écarts, aux hameaux de montagne. A cet égard, pour la préservation du patrimoine rural, je veux saluer l’action résolue, aux côtés de l’Etat, de la Fondation du Patrimoine, de l’association Sauvegarde de l’art français, de l’Observatoire du patrimoine religieux. »

Nominations au Comité du patrimoine cultuel

« Traduction de cette attention, j’annoncerai dans les jours qui viennent la nouvelle composition de la Commission du patrimoine cultuel qui doit tant à l’engagement de Dominique Ponnau et de Bruno Foucart Son rôle de veille, de recherche et de proposition n’est plus à démontrer. J’ai décidé d’en confier la présidence au directeur de l’Ecole nationale des chartes, spécialiste de l’architecture religieuse du XIXe siècle, Monsieur Jean-Michel Leniaud, la vice-présidence revenant à Mgr Joseph Doré, ancien archevêque de Strasbourg. »

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Le patrimoine historique dans son paysage : la question éolienne

 » Le monument s’inscrit en effet dans un héritage parfois pluriséculaire, il s’inscrit aussi dans un paysage. Il serait excessif de parler de disparition de la notion même de « monument historique », inscrite dans le Code du Patrimoine et cardinale dans nos politiques de protection et de sauvegarde. Les Services territoriaux de l’architecture et du patrimoine (STAP) sont bien souvent le premier point d’entrée des citoyens, des élus
locaux vers la législation du patrimoine, qu’ils la subissent comme une contrainte ou qu’ils en attendent, inversement, appui et protection. Dans les deux cas leur action est déterminante, dans le premier pour expliquer et faire accepter la règle, en contribuant à façonner le regard et la sensibilité de votre interlocuteur aux enjeux du patrimoine, dans le second, pour ne pas décevoir l’attente du public qui attend votre appui et celui de l’Etat pour préserver un cadre de vie singulier ou un paysage particulier. Face à la démagogie de certains acteurs, ils doivent être les porteurs d’une pédagogie.

La notion de « monument historique », chacun le comprend, entre dans un contexte plus large et plus vaste : celui des secteurs sauvegardés – créés à l’initiative d’André Malraux en 1962, dont nous fêtons cette année le 50e anniversaire – celui des Aires de valorisation de l’architecture et du patrimoine (AVAP), celui des pays d’art et d’histoire, label décerné par mon ministère permettant de valoriser l’action des villes et des pays en faveur de l’architecture et du patrimoine. Un monument n’est jamais isolé, il est inscrit dans un paysage, dans un tissu urbain, dans une « culture sensible » comme le dit l’historien Alain Corbin lorsqu’il parle des cloches.

L’étalement urbain, les vides et les pleins dans l’espace urbain, les entrées d’agglomération, l’enjeu des équipements éoliens – qui culminent à plus de 100 mètres de hauteur – dans les zones protégées, notamment au regard de nos engagements internationaux vis-à-vis de l’UNESCO interrogent notre politique du patrimoine et du paysage au XXIe siècle. Si je considère nécessaire une approche culturelle du paysage comme héritage, comme bien commun, comme creuset de civilisation à transmettre, je ne suis pas institutionnellement, vous le savez, le ministre en charge des paysages. Et pourtant on me perçoit comme tel et je considère avoir dans ce domaine, si ce n’est une vraie responsabilité, du moins mon mot à dire. Sur les éoliennes, dont les autorisations ne relèvent pas de ma compétence, je considère que j’ai un message clair à faire entendre en matière de préservation de la qualité paysagère. Je me suis exprimé en ce sens devant les préfets réunis il y a quelques semaines et à l’occasion d’un récent Conseil des ministres. Je souhaite que la notion d’aire d’influence paysagère, élaborée par l’UNESCO, soit intégrée dans notre réflexion sur l’implantation des parcs éoliens ou tout autre grand équipement, notamment dans le cadre de la saisine des Commissions régionales des paysages et des sites (CRPS). « 

Budget : Toujours sanctuarisé ?

 » En conclusion, je tiens à rappeler et souligner l’effort qui a été conduit par le gouvernement dans le domaine des monuments historiques. Au total les crédits destinés à la restauration des monuments historiques sont passés de 294 millions d’euros (Loi de finances initiale 2007) à 370 millions d’euros (Loi de finances initiale 2012), soit une progression de 25%, en cohérence avec l’engagement du Président de la République de porter l’effort en faveur de notre patrimoine à hauteur de 4 milliards sur 10 ans.

De même je tiens aussi à souligner qu’environ 15% des budgets de nos services en région sont consacrés aux travaux d’entretien des monuments historiques : en d’autres termes à la prévention plutôt qu’à la sauvegarde. « 

Sur ce sujet, lire la mise en garde du Sénat :

La commission culture du Sénat s’inquiète de la baisse des crédits Les Echos 22 février 2012 / La commission de la Culture du Sénat, présidée par l’écologiste Marie-Christine Blandin, s’inquiète, mercredi dans un communiqué, « de l’amputation des crédits pour le secteur de la création » dans le projet de loi de finance rectificative pour 2012. La commission pointe une « baisse des crédits de 34,1 millions d’euros pour la mission culture (dont 21,1 pour le programme Patrimoines, 3,5 pour la création et 9,4 pour la transmission des savoirs et la démocratisation de la culture) ». Lire la suite

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