Comédie Française Rénovation acoustique et esthétique de la Salle Richelieu

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COMEDIE FRANCAISE – SALLE RICHELIEU

Fichier:Salle Richelieu4.JPGLa Comédie-Française annonce la restauration acoustique de la Salle Richelieu à partir de mai 2012

(Communiqué) À l’occasion des grands travaux de mise aux normes de ses équipements techniques et d’accessibilité financés par le Ministère de la Culture et de la Communication, la Comédie-Française a souhaité profiter de la fermeture exceptionnelle du théâtre en 2012 pour rénover l’acoustique et l’esthétique de la Salle Richelieu.

Cette rénovation acoustique est intégralement financée par des fonds privés, avec l’engagement de trois grands mécènes aux côtés du Premier Théâtre de France : la Caisse d’Epargne Ile-de-France, Natixis et la Fondation du Patrimoine grâce au mécénat de la Fondation Total.

Salle Richelieu, © Jean-Erick PasquierLa Salle Richelieu a été construite entre 1786 et 1790 par l’architecte Victor Louis dans le style néoclassique et agrandie sous le second empire. Elle a connu de nombreuses transformations au cours de son histoire, répondant aux impératifs des xixe et xxe siècles en quête permanente de confort pour les spectateurs, de technicité et de mise au goût du jour (velours, moquettes, taffetas…). Ces modifications ont entrainé peu à peu une réduction significative des qualités acoustiques de la salle.

L’objectif de cette restauration est de retrouver une qualité acoustique, un rythme et des séquences architecturales, un décor plus vif, moins cossu et velouté, en utilisant principalement le bois comme surface réfléchissante du son, et en se référant aux architectures et décors antérieurs de la Salle. Matière première des théâtres, à l’instar des instruments à cordes, le bois sera utilisé en parquet et en surfaces verticales. Ces travaux de rénovation, confiés à la Direction du Bâtiment et des Équipements de la Comédie-Française, seront réalisés par l’Architecte en Chef des Monuments Historiques.

La réouverture de la Salle Richelieu en 2013 permettra au public de découvrir une salle rénovée et d’apprécier une nouvelle qualité d’acoustique lors des représentations des Comédiens-Français.

La rénovation acoustique et esthétique de 2012

Cette rénovation entend répondre à deux objectifs : d’une part, améliorer l’acoustique de la salle et d’autre part réordonnancer son architecture qui s’est progressivement appauvrie au fil des interventions successives depuis sa création au xviiie siècle.

Les modifications prévues pour le projet sont principalement de :

  • remplacer la moquette au sol (orchestre) par du parquet
  • « dévêtir » de nombreuses surfaces recouvertes de velours et de damas telles que : les dossiers des sièges (orchestre),
  • les portes d’accès recouvertes de velours, les séparatifs des baignoires au niveau orchestre, les loges proches du cadre de scène, pour les rendre plus réfléchissantes (avec l’apport du bois) et redonner de la force à la salle notamment dans les hautes fréquences.
  • aménager un certain nombre de portes feintes en bois (réminiscences des portes des loges qui s’ouvraient, de 1786 à 1974, entre les pourtours et les loges de la salle) afin de réduire la surface absorbante des damas muraux.

Le bois sera utilisé au naturel pour le plancher de l’orchestre et la structure des séparations des loges,ainsi que pour habiller les dossiers des fauteuils. Le bois sera utilisé peint sur les balcons intermédiaires pour les rendre moins présents, sur les cloisons séparatives des loges et sur les portes feintes ou d’accès qui seront disposées suivant le rythme dicté par les poteaux en béton de Louis Blanchet. Esthétiquement, l’ajout de ses portes redonnera également un cadencement vertical à toute la salle.

Une attention particulière sera portée aux loges d’avant-scène car elles sont non seulement la structure architecturale du passage entre la salle et la scène, mais aussi le « porte voix » des acteurs depuis la scène vers la salle.

Ces éléments sont transmis au regard des premières études réalisées par l’architecte en chef des Monuments Historiques. Des modifications et évolutions sont susceptibles d’intervenir durant la phase de réalisation des travaux suivant l’arbitrage des inspecteurs des Monuments Historiques.

Tous ces ouvrages réalisés en bois, indispensables pour améliorer l’acoustique, seront peints pour aboutir à un retour à la trichromie blanc, or et rouge, qui a prévalu de la fin du xviiie siècle jusqu’aux années 1930. Ceci contribuera, par des contrastes plus marqués, à la réaffirmation de l’ordonnancement et donc de l’identité de la Salle Richelieu, salle de spectacle historique et de renommée internationale.

Enjeux techniques et acoustiques

La Salle Richelieu a subi depuis sa construction plusieurs phases de travaux de rénovation qui l’ont amené successivement à revêtir son état actuel, dans lequel de nombreux velours et damas tendus apportent une acoustique relativement mate à l’ensemble de l’auditoire et une réverbération trop courte par rapport au volume de la salle.

L’évolution des techniques du jeu au cours des trente dernières années, rend de plus en plus nécessaire l’utilisation d’une salle dont l’acoustique permet de se prêter à un jeu plus contemporain et souvent plus en nuances réalistes. Le confort obtenu d’un côté (plus de moelleux pour les sièges, plus de douceur pour le sol, plus de visibilité, une meilleure aération, un meilleur éclairage…) a donc été perdu de l’autre.

La réverbération relativement courte de la salle en comparaison au volume qu’elle offre, peut expliquer la gêne ressentie d’une part par le public et d’autre part par les acteurs, obligés d’adapter leur voix pour combler acoustiquement le volume et se faire entendre.

Les aménagements prévus dans le cadre de cette restauration ont donc pour objectif d’améliorer sensiblement l’acoustique de la Salle, en réajustant l’équilibre entre les matériaux absorbants (sol en moquette épaisse, fond de salle, séparatifs des baignoires, portes…) et réverbérants (plafond de la salle, dorures des balcons…). Cette restauration acoustique aboutira à une augmentation des surfaces réverbérantes en cohérence avec le volet architectural.

Des mesures acoustiques de réverbération de la salle actuelle couplées à l’élaboration d’un modèle numérique acoustique 3D ont été réalisés; le modèle acoustique 3D a permis de quantifier le gain obtenu sur la réverbération après travaux de rénovation et ainsi, d’en apprécier l’amélioration du confort acoustique pour l’ensemble des spectateurs.

L’agence d’architecture 2BDM, conduite par l’architecte en chef des bâtiments historiques Christophe Bottineau, a assuré la direction et la coordination des différentes études : études acoustiques réalisée par le bureau d’étude Lamoureux et recherches documentaires réalisées par le bureau d’études Grahal.

Historique de la Salle Richelieu

La Salle Richelieu, écrin des spectacles de la Comédie-Française, a été dessinée par l’architecte Victor Louis (auteur du théâtre de Bordeaux en 1773-1780) et a été inaugurée en mai 1790. Commandité par Louis Joseph d’Orléans, le théâtre est bâti à partir de 1786 sur un terrain relativement petit (44 mètres sur 32). La salle possède sept niveaux de balcons jusqu’à la coupole et accueille près de deux mille personnes. Les loges d’avant-scène, ornées de balustres, sont disposées entre deux colonnes d’ordre corinthien. La coupole, en demi sphère, est composée d’une imposante charpente métallique (une des premières en France). Le décorde la salle blanc, or, bleu et vert, les coupoles, lunettes et pendentifs, les colonnes en faux marbre expriment une architecture foisonnante, voire exubérante.

Dès 1798, la Salle Richelieu, déjà considérée comme démodée, est transformée par J.-C.-A. Moreau. La fin du xviiie siècle prend ses références dans l’antiquité, les ordres grecs et romains sont au gout du jour. Une colonnade antiquisante uniforme est ajoutée devant les balcons, les deux niveaux inférieurs de baignoires sont cloisonnées, y compris sur les loges d’avant-scène. La coupole centrale est rabaissée, détruisant ainsi la charpente originale en métal. Dès cette époque, la salle est mentionnée en rouge pompéien et or.

À partir de 1822, Fontaine reconstruit une coupole en charpente métallique et terre cuite et démoli les colonnes ajoutées en 1798 qui rendaient la vue difficile depuis certaines parties des balcons. Le décor semble avoir été, à cette époque, rouge pompéien et rose.

En 1840-1847, le décor de la salle est de nouveau refait par le décorateur Cicéri, donnant les grandes lignes directrices des volumes et des partis décoratifs jusqu’à aujourd’hui : les balcons sont peints en blanc et or, les tentures sont rouges pompéien, les loges d’avant-scène sont encadrées par deux atlantes.

De 1860 à 1864, d’importantes modifications menée par Prosper Chabrol affectent les parties consacrées à l’accueil du public : le théâtre est agrandi vers le sud conjointement à la création de l’actuelle place Colette, on construit un vestibule, un escalier monumental, on agrandit le foyer du public.

1887 est marquée par le remplacement de l’éclairage à gaz par l’électricité et l’installation d’un rideau de fer pour isoler la scène de la salle.

Julien Guadet a restauré la salle avant que celle-ci ne soit incendiée, en 1900. Il aurait, après l’incendie, repris ses propres plans pour refaire à l’identique ce qu’il avait transformé peu avant : après ses travaux (intégrant d’importantes mesures de lutte contre l’incendie), on compte un orchestre et quatre balcons ainsi qu’une allée centrale dans  l’orchestre, réduisant le nombre de spectateurs à mille cent environ. L’étage d’attique est toujours visible, les portes arrière des loges sont peintes de couleur claire. Les décors des balcons ont été simplifiés depuis l’époque Chabrol, la salle est toujours blanche, or et rouge.

En 1912, le plafond est repeint par Albert Besnard (plafond précédent de Mazerole, peint en 1879), c’est celui que nous pouvons voir actuellement.

En 1935, Joseph Marrast va de nouveau profondément transformer la Salle Richelieu qu’il dénude de ses décors jugés trop baroques pour l’époque : élimination des moulures, pilastres, cartouches, médaillons, vases, faux marbres etc… Les balcons deviennent gris clair et or et les damas posés sont rouges. Les baignoires existent encore à tous les niveaux mais il en modifie les séparations. Marrast décloisonne quelques loges mais les portes donnant directement vers les pourtours existent toujours. La colonnade de l’étage d’attique disparaît. La scène est totalement rééquipée : machinerie, électricité, jeu d’orgue à 164 circuits. La fosse d’orchestre, supprimée en 1900 par Guadet, est rétablie.

Si les travaux de Moreau, Fontaine, Guadet et Marrast avaient déjà beaucoup transformé la salle de Victor Louis, la campagne de travaux de Louis Blanchet (1971-1976, avec notamment l’installation d’une cabine de son) va achever cette mutation au point qu’aucun retour en arrière ne soit plus possible. Louis Blanchet dépose tous les décors de la salle, démolit le plancher, les balcons et les murs de tour de salle pour les reconstruire en béton. Un double mur entoure désormais la salle pour y loger des gaines techniques nécessaires à la ventilation. Les baignoires et les loges sont ainsi réduites en profondeur et les portes ouvertes vers les pourtours sont supprimées. Des tentures de damas, de la moquette rouge, et les boiseries anciennes nettoyées sont reposées sur les nouveaux ouvrages. L’allée centrale de l’orchestre disparaît. La salle est réduite à huit cent soixante-seize places.

En 1987, Olivier Debré repeint le rideau de fer.

De 1994 à 2004, Alain-Charles Perrot procède au remplacement des fauteuils de la salle en les plaçant en quinconce, et crée des sièges surélevés dans les balcons. Il remplace les habillages : tentures, velours, moquette et effectue une réfection des dorures et patine. En 2012, Christophe Bottineau coordonne la rénovation acoustique et esthétique de la Salle Richelieu.

Chiffres clés Comédie-Française

  • Surface du théâtre -1408 m2 au sol
  • Surface du plateau : 396 m2 proscenium inclus
  • 876 places
  • 420 000 spectateurs par saison dont 304 000 Salle Richelieu
  • 800 représentations dont 391 Salle Richelieu
  • Taux de fréquentation supérieur à 85%
  • Jusqu’à 5 spectacles différents, joués en alternance Salle Richelieu
  • 60 comédiens, pensionnaires et sociétaires, qui composent la troupe
  • 14 campagnes de restaurations en 200 ans

Chiffres clés restauration acoustique de la Salle Richelieu

  • 6 mois de travaux
  • Budget de 1,4 Millions d’euros financé par 3 mécènes pour la restauration acoustique
  • Une opération menée en parallèle des grands travaux de mise aux normes des équipements techniques et accessibilité financés par le Ministère de la Culture et de la Communication en 2012 (12,6 M€)
  • 8 corps de métiers spécialisés dans la restauration des Monuments Historiques
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