Le Foyer de l’Opéra Comique est restauré

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Foyer Opéra comique 1 (c) Designers Anonymes

OPÉRA COMIQUE – PARIS – RESTAURATION

Avec le  mécénat du World Monuments Fund, l’Opéra Comique de Paris vient de retrouver son Foyer avec son  décor de peintures, lambris, stucs et marbres sculptés, réalisés en 1898, dans le style IIIè République triomphante.

Reste le parquet en chêne, au motif de point de Hongrie, qui sera restauré en 2013. L’ensemble du théâtre a été classé dans sa totalité en 1977 au titre des Monuments Historiques.

Après plus d’un an de travaux, le Foyer de l’Opéra Comique, remarquable témoignage de l’art français à l’extrême fin du XIXe siècle, retrouve son éclat et sa beauté d’origine. Les travaux, menés sous la direction des Monuments Historiques ont bénéficié d’un mécénat exceptionnel du World Monuments Fund.

Il y a trois ans, le World Monuments Fund Europe, branche européenne de la principale organisation internationale privée agissant en faveur de la restauration du patrimoine dans le monde, a approché Jérôme Deschamps, Directeur de l’Opéra Comique, et inscrit la restauration du Foyer dans ses projets prioritaires. Le WMF a réuni les deux tiers des fonds nécessaires, l’Etat, propriétaire du monument, ayant complété le financement. La restauration, menée sous la direction des Monuments Historiques, a été confiée aux meilleurs artisans sélectionnés pour ce chantier prestigieux.

Foyer Opéra comique 2 (c) Designers AnonymesHistorique et description

Conçue par l’architecte Louis Bernier (1845-1919) pour l’Opéra Comique, l’actuelle Salle Favart, troisième du nom, est inaugurée en 1898. Si elle conserve ses proportions d’origine sur son emplacement historique de 1783, il s’agit à l’aube du XXe siècle du premier théâtre européen entièrement équipé à l’électricité et les normes de sécurité les plus modernes y sont mises en oeuvre.

Sa décoration intérieure est particulièrement étudiée en cette époque d’expositions universelles et de République triomphante : elle évoque « tout ce qui constitue le genre opéra-comique dans les différents pays et aux différentes époques » selon Bernier.

Point culminant des espaces publics, le Grand Foyer présente un décor de peintures, lambris, stucs et marbres sculptés dont l’éclectisme est tempéré par l’économie des thèmes ornementaux. Les meilleurs artistes ont été choisis pour exploiter, dans tous les matériaux, des motifs relatifs à l’identité de l’institution : les lettres O et C entrecroisées, la lyre et le masque (le genre de l’opéra-comique associant musique et théâtre), l’élément végétal (symbolisant le naturel et la vitalité caractéristiques du répertoire). Economie et profusion, modernité et tradition se conjuguent dans ce Grand Foyer qui s’avère l’un des plus beaux lieux parisiens du XIXe siècle, au sein d’un bâtiment classé dans sa totalité en 1977 au titre des Monuments Historiques.

Les décors peints du plafond et des murs furent réalisés par les artistes officiels de la IIIème République qui travaillèrent en atelier sur de grandes toiles de lin qui furent posées en 1898 selon le procédé du marouflage.

Foyer Opéra comique 4 (c) Designers AnonymesHenri Gervex (1852 -1929) est l’auteur des décors qui ornent les parois des deux extrémités : Le Ballet comique de la Reine évoque la naissance de l’opéra à la cour d’Henri III, La Foire Saint-Laurent celle de l’opéra-comique dans le Paris du début du XVIIIe siècle.

Les peintures réalisées par Albert Maignan (1845-1908) illustrent quelques scènes d’opéras-comiques fameux en 1898, identifiables grâce à leurs refrains : entre les fenêtres, Le Chalet (1834) d’Adolphe Adam à gauche et La Dame blanche (1825) de François-Adrien Boieldieu à droite ; du côté des portes de l’avant-foyer, Les Noces de Jeannette (1853) de Victor Massé à gauche et Zampa (1831) de Ferdinand Hérold à droite. Elles sont surmontées d’allégories de l’Andante, de l’Adagio et de l’Allegro ainsi que de deux femmes figurant le Chant lyrique et la Romance. Le plafond, un des chefs-d’oeuvre de Maignan, illustre avec virtuosité Les Notes et les Rythmes.

Un ensemble de bustes en marbre complète le décor et représente des compositeurs importants dans l’histoire de l’institution : André-Modeste Grétry, Etienne-Nicolas Méhul, Fromental Halévy, Ambroise Thomas, Edouard Lalo et Claude Debussy. Les douze médaillons en stuc qui entourent la peinture de Maignan constituent un panthéon plus structuré, faisant reposer la prospérité de l’Opéra Comique sur les compositeurs (en haut) mais aussi les librettistes (à gauche) et les chanteurs (à droite).

Au-dessus des portes menant aux rotondes latérales, les allégories en bronze doré représentant La Musique et Le Chant sont l’oeuvre de Paul Gasq (1860-1944) et ont été réalisées, comme les ornements des cinq portes en marbre par l’atelier Christofle et Cie.

Christofle réalisa également les deux exceptionnels lustres de bronze doré au riche décor néo-pompéien, orné de masques de satyres et de nymphes, qui comportent cent-seize ampoules chacun, très visibles, témoignage de la fierté de l’éclairage à l’électricité utilisé pour la première fois dans un théâtre parisien.

Restauration

Le Grand Foyer a connu quatre phases de restauration au XXe siècle et présentait un excellent état de stabilité. Cependant son décor avait subi des dégradations et encrassements dus à son usage, au temps, et à la fumée de cigarette.

Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des Monuments Historiques a dirigé le chantier.
Pour chaque élément du décor, les matériaux, les techniques et l’encrassement ont fait l’objet d’analyses et de tests qui ont permis d’établir un protocole de restauration le plus respectueux possible.

A l’issue d’un appel d’offres, le chantier mené sous l’autorité de l’architecte en chef des Monuments Historiques, en étroite liaison avec la direction de l’Opéra Comique, s’est déroulé dans la plus grande concertation entre tous les intervenants.

Les décors peints ont retrouvé leur éclat d’origine grâce à un important et délicat nettoyage qui a respecté la couche picturale et le vernis d’origine.

Les décors sculptés, très présents dans la composition générale, ont bénéficié d’un traitement tout particulier. Celui-ci a permis de révéler que, comme sur les corniches, ils étaient traités avec trois couleurs d’or : rouge, jaune et vert.

Les encadrements des quatre portes, en marbre de Sarrancolin, ont été nettoyés et leur somptueux décor de bronze doré, de feuilles d’acanthe et de laurier, ont été déposés, permettant ainsi de retrouver la qualité de leur ciselure et la richesse du traitement des ors, alternant mat et brillant.

Le bas-lambris, qui court tout autour de la salle, a fait l’objet d’un nettoyage puis d’une reprise à la cire, son très délicat décor de chardons dorés a lui-même été traité avec le plus grand soin afin de lui rendre son éclat et sa lisibilité. Les lambris d’appui en acajou, ornés d’une frise dorée, ont constitué la partie la plus délicate à nettoyer.

Les deux lustres ont été démontés et transportés en province chez un restaurateur spécialisé qui a su retrouver leur dorure d’origine et rétablir leur électrification dans le respect de leur conception d’origine.
Les somptueux rideaux des trois fenêtres seront rétablis à partir de documents d’époque retrouvés dans les archives. Un damas de soie naturelle, tissé spécialement à Lyon, avec son décor enrichi de plusieurs ors, sera complété d’une riche passementerie.

Enfin, le parquet en chêne, au motif de point de Hongrie, sera restauré en 2013.

Mécénat

Le WORLD MONUMENTS FUND (WMF), principale organisation internationale privée qui se consacre à la conservation de monuments historiques et de sites du monde entier, a fait de la restauration du Foyer de l’Opéra Comique une de ses priorités en Europe.

« La qualité exceptionnelle de ce décor datant de l’extrême fin du XIXe siècle – qui avait perdu beaucoup de son éclat et de sa cohérence à travers les ans – et son utilisation comme lieu de rencontres et d’échanges pour les spectateurs de l’une des scènes lyriques les plus prestigieuses de France se sont imposées comme une évidence », déclare Bertrand du Vignaud, Président du WMF Europe. « Nos mécènes américains et européens, que je remercie tout particulièrement, ont répondu une nouvelle fois à notre appel. Je suis certain qu’ils partagent mon enthousiasme devant cette magnifique réalisation due au talent des restaurateurs qui travaillent dans la tradition séculaire de l’artisanat français. »

Le mécène principal a été The Danny Kaye and Sylvia Fine Kaye Foundation auquel se sont joints The Eveillard Family Charitable Trust, Fondation de l’Orangerie et ses donateurs, The Sidney J. Weinberg, Jr. Foundation/Sydney Houghton Weinberg et un donateur anonyme.

The Danny Kaye and Sylvia Fine Kaye Foundation, qui porte le nom du grand acteur comique américain – dont on célèbre cette année le centième anniversaire de la naissance- soutient des projets culturels et humanitaires à New York, au Colorado et dans le reste du monde. Cette fondation a décidé de soutenir la restauration du Foyer, à travers le WMF, car l’Opéra Comique est une institution dont elle a su apprécier le dynamisme, l’ouverture au public le plus large et le souci pédagogique. Par ailleurs, la musique, la comédie, la danse et l’esprit qui règnent dans les lieux sont très proches de ceux qui ont animé la carrière de Danny Kaye. Le souhait de la Fondation, qui rejoint tout à fait celui du WMF et de ses autres partenaires, est que cette restauration, résultat du travail magnifique accompli par les restaurateurs, apporte un nouvel éclat à ce magnifique monument parisien, par ailleurs soigneusement entretenu par l’Etat français, qui a assuré le tiers du financement de ce projet à travers le Ministère de la Culture et de la Communication / Direction Générale de la Création Artistique.

 

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