Jack Lang Sa nouvelle bataille patrimonialeArticle pouvant être lu en 6 minute(s) (hors éléments audio ou vidéo)

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POLITIQUE

Jack Lang, en 2008. Commons Wikimedia

Jack Lang, en 2008. Commons Wikimedia

La beauté sauvera le monde. L’ancien ministre de la Culture, Jack Lang en semble convaincu. Si tant est qu’il lance un nouveau cri pour réveiller nos consciences sur la laideur que nous avons laissé s’immiscer autour des sites protégés.

Dans un opus de 40 pages, facile à lire et qui devrait séduire tout défenseur du patrimoine, l’auteur d’Ouvrons les yeux ! La nouvelle bataille du patrimoine  déclare tout d’abord sa flamme, promeut sa politique avant de nous vouloir nous convaincre d’engager un nouveau combat.

« Nous avons besoin de beauté, écrit-il. un besoin viscéral, primaire. Existentiel, oserai-je dire. ces édifices qui ont traversé le temps nous arrachent à notre condition de mortels. La beauté subjugue, elle résiste à la course effrénée de la vie. La beauté arrête l’homme pressé… »

On applaudit naturellement à la plaidoirie de celui qui fut à l’origine publique, en septembre 1994, des premières journées du patrimoine. Ces journées qui sont devenues européennes entretemps, et qui jouissent d’une popularité non dépassée (12 millions de visiteurs chaque année), ont une fondation simple : « Ces monuments sont les vôtres, ils ont été construits par vos prédécesseurs, ils ont été légués par vos aînés. Aujourd’hui, c’est grâce à vos impôts que nous les entretenons et les restaurons pour, demain, les transmettre aux nouvelles générations ».

JacK Lang Ouvrons les yeuxJack Lang n’hésite pas à inscrire son action politique en faveur du patrimoine dans le sillage de l’abbé Grégoire dénonçant le « vandalisme » révolutionnaire, de Victor Hugo déclarant « la guerre aux démolisseurs », à Prosper Mérimée et André Malraux, sauveurs de monuments et de centre-ville historiques… Le ministre de la Culture de François Mitterrand est ce ceux -c’est lui qui le dit » de ceux dont la volonté a été « d’arrêter le massacre ». « J’ai sans doute été le ministre de la culture le plus protecteur… » confesse-t-il en imputant à ses 12 années de ministère le classement ou l’inscription de de près de 2800 édifices historiques. Crédits pour le patrimoine doublés dès 1981, création des zones de protection du patrimoine architectural en 1983, création du corps des conservateurs du patrimoine et de l’Ecole Nationale du patrimoine en 1990, comptent également parmi les actifs que l’ancien ministre déclare à son bilan.

Oublions les colonnes de Buren ou le coût faramineux de l’opéra Bastille, on ne contestera à Jack Lang sa légitimité et son action favorable à la sauvegarde et à la valorisation de notre patrimoine historique. Vu ce que nous avons connu depuis ! Et pour tout dire, nous serions presque heureux de le revoir fréquenter à nouveau nos champs de bataille.

Mais où est le problème et quelle est cette nouvelle bataille à laquelle il voudrait nous conduire ? La réponse vient au bout d’une douzaine de pages au cours desquelles l’avocat a plaidé sa cause et souligné ses succès et sauvetages. L’ennemi c’est la laideur. Et en disant cela il n’y pas matière à rire ou à sourire.

Dans ce manifeste, publié à l’occasion de la 31è Journée européenne du patrimoine, autrement dit il y a quelques semaines, l’auteur s’interroge sur ce succès populaire qui le temps d’un week-end nous aveuglerait sur une vision partagée et consensuelle sur la valeur et la nécessité de conserver ce patrimoine. Son « Ouvrons les yeux ! » veut nous inciter à regarder plus attentivement notre environnement immédiat, des centres villes, des banlieues, des périphéries…

Jack Lang enfile ses laideurs quotidiennes que beaucoup, résignés ou habitués ne voient plus : panneaux publicitaires, ronds-points dit décoratifs, ensembles résidentiels, quartiers pavillonnaires identiques du nord au sud de la France, zones artisanales ou commerciales… « Eblouis que nous sommes – à juste titre -, écrit-il, par les monuments de nos villes et de nos régions, il semble que nous avons oublié de nous soucier du reste. (…) Serions-nous devenus schizophrènes ? »

Cet abandon à la laideur, à l’usage qui prévaut sur l’esthétique, nous en payons aujourd’hui le prix : « un prix fort, à la fois esthétique, social et économique ». L’auteur en souligne quelques exemples signifiants.

L’extrait :

« Notre patrimoine n’est pas réductible à Versailles, au Louvre, au mont Saint-Michel, à la basilique de Vézelay, ou au palais des papes… Il est l’ensemble des biens que nous allons léguer aux générations futures, nos paysages, nos maisons, le dessin de nos villes, les bancs sur lesquels nos enfants iront s’asseoir, les rues dans lesquelles ils se promèneront. »

Ce combat contre la laideur et pour rendre à notre environnement la beauté qu’il mérite passe par un certain nombre d’actions politiques et individuelles. La redécouvertes des matériaux de construction locaux, la réhabilitation et le changement d’usage des édifices remarquables plutôt que leur démolition. « Que n’avions-nous pas inventé le recyclage urbain lorsque fut commis ce crime culturel contre les Halles de Baltard ? » déplore l’ancien ministre. Considérer le patrimoine comme un « formidable levier d’aménagement du territoire et d’urbanisation », voilà une grand œuvre à accomplir, un grand projet politique à promouvoir. Monsieur le ministre, où sont vos amis ?

Je ne serais pas moi-même si j’omettais ce paraphe consacré à nos églises rurales. Bien évidemment, je m’indignerais avec le ministre sur ces lieux de culte menacés d’abandon et de délabrement qui « attendent dans le couloir de la démolition, dans une relative indifférence ». Il tient ses dossiers à jour : Saint-Jacques d’Abbeville; Saint-Pierre-aux-Liens de Gesté, Saint-Aubin du Pavoil… Leur non-classement ne les désigne pas de facto à la mort par coups de pelleteuses, nous sommes bien d’accord sur ce point. Et nous pourrions l’être aussi sur l’esquisse de réponse apportée par l’auteur au problème, (avec toutes les précautions que j’ai déjà formulées sur ce point) :  » (Les églises) ont longtemps été indissociables de l’identité des lieux. ne méritent-elles pas qu’on leur trouve, à elles aussi, une nouvelle vocation ? »

En conclusion, pour des raisons esthétiques, mais aussi écologiques, sociales et économiques, nous aurions intérêt à reconquérir et à embellir nos territoires bâtis et paysagers.

« Il est urgent de réconcilier dans notre pays, le patrimoine, l’architecture, l’urbanisme, l’habitat et le paysage. » C’est vrai que réunis en un seul ministère, ces enjeux auraient plus de force, ne serait-ce que pour que « le Beau » devienne, selon le vœu de l’auteur, la préoccupation de tous les décideurs.

Jack Lang nous invite à nous mobiliser « pour protéger notre environnement pour défendre nos villes, nos maisons, nos paysages. » Ajoutons nos églises… Et là, me vient au clavier une question qui bouillonne en moi depuis que j’entame cette lecture : Mais à qui s’adresse précisément ce « cri » de l’ancien ministre de la Culture ?

Pas à ceux qui se sont mobilisés déjà depuis des décennies au sein d’importantes associations nationales ou locales, là pour stopper un massacre, ici pour un développement durable et des politiques énergétiques alternatives respectueuses des paysages et des monuments classés ou inscrits. Non ! Ces milliers de militants de la sauvegarde et de la valorisation du patrimoine applaudiront souvent aux indignations de l’auteur et, je pense également, à bon nombre de ses préconisations.

Il me plait de penser que cet appel s’adresse d’abord à ses pairs de tous partis, à ses amis politiques… Son talent parviendra-t-il jusqu’aux yeux des élus locaux et nationaux, des responsables de nos administrations ?

Mobilisons-les, monsieur le Ministre !

Benoit de Sagazan

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