Montpellier Résurgence de l’église des Carmes

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HERAULT

L’aménagement de la ligne 4 du Tramway de Montpellier Agglomération permet la résurgence de l’ancien sanctuaire des Carmes

(Communiqué de presse) Poursuite des fouilles archéologiques sous la place Albert Ier à Montpellier : Les découvertes majeures

Dégagement du sol de l’église du couvent des Carmes : une dalle inscrite en lettres gothiques, abritant une sépulture privilégiée.   © Inrap.

Dégagement du sol de l’église du couvent des Carmes : une dalle inscrite en lettres gothiques, abritant une sépulture privilégiée. © Inrap.

Dans le cadre de l’aménagement du dernier tronçon de la ligne 4 du Tramway de Montpellier Agglomération, l’État (Drac Languedoc-Roussillon, Service Régional de l’Archéologie) a prescrit la réalisation d’une fouille préventive sur l’actuelle place Albert 1er, qui recouvre la périphérie immédiate de la ville médiévale. Les investigations, confiées aux archéologues de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), ont été organisées en deux phases.

La première (juillet/octobre 2014) avait permis d’exhumer les vestiges de l’enceinte défensive (XIIIe-XVIIesiècles), et ceux du couvent des Carmes de Montpellier, édifié au XIIIe siècle et établi extra-muros, aux abords de l’enceinte.

Une seconde phase de fouille, au chœur du sanctuaire des Carmes

La seconde phase a débuté en décembre et s’achèvera en janvier 2015. Elle concerne plus particulièrement l’église des Carmes. Ainsi, de nouvelles parties de l’édifice religieux sont actuellement mises en lumière, fouille qui s’inscrit dans la continuité des excavations précédentes. Ces dernières se concentraient dans la nef de l’église, et s’étaient arrêtées devant le long marchepied qui permettait l’accès au chœur. C’est aujourd’hui le chœur du sanctuaire qui est directement visé par la fouille.

L’histoire mouvementée de l’église des Carmes, l’une des plus belles du Languedoc Divers textes mentionnent l’église des Carmes à travers les siècles. Il y est notamment révélé qu’une communauté de frères appartenant à cet ordre mendiant, originaire du Mont Carmel en Palestine (XIIe s.), fonde, dans la seconde moitié du XIIIesiècle à Montpellier, un couvent, devant l’une des 8 entrées principales de la ville, celle dite des Carmes. Là, aux dires de Pierre Gariel (1665), ils construisirent des « bâtiments […] grands et somptueux, et l’église était l’une des [plus] belles du Languedoc ». Par leur importance, les bâtiments dépassaient la hauteur des proches remparts de la ville, ce qui fut considéré comme une menace pour sa défense lors des troubles du XIVe siècle. L’édifice fut ainsi rasé en 1361. Peu après, à la fin du XIVe siècle, il est reconstruit sur ses anciennes fondations, grâce au soutien que le pape Urbain V accorde aux Carmes. Lors des Guerres de Religions, il est définitivement détruit par les Protestants, en 1562.

Le dallage du sanctuaire apparaît peu à peu

Malgré la bonne documentation fournie par les archives, il n’existe aucun plan de l’édifice, aucune représentation de sa parure monumentale. Or les recherches archéologiques actuelles permettront au final de dégager une partie de l’église sur une étendue très significative en contexte urbain (près de 650 m2 de son espace bâti). Les données qu’elles livrent sont donc à même d’apporter un éclairage neuf qui pourra être confronté à ce que disent les textes, qui semblent s’accorder sur l’existence d’un édifice d’une certaine splendeur. La partie actuellement dégagée, celle du chœur de l’église, a par chance échappé aux nombreux remaniements opérés sous la place Albert Ier depuis le XVIIe siècle (creusements divers, canalisations, etc.). Sous l’épais niveau de destruction de l’église, qui renferme de nombreux blocs architecturaux, reflet d’une parure ornementale de très belle facture, le dallage du sanctuaire apparaît sous son niveau d’incendie (celui de 1562). De part et d’autre, les puissants murs latéraux qui délimitent l’édifice
ont eux aussi été préservés.

Une implantation stratégique

Les fouilles s’attachent également à caractériser la place qu’occupa l’église dans l’histoire du développement de la ville. Ainsi, l’édifice n’a pas été implanté ex-nihilo près des remparts, comme on aurait pu le penser. Il s’installe au contraire sur les ruines d’un habitat (XIIe-XIIIe siècle). S’agit-il
des restes d’un faubourg établi au-delà de l’enceinte du début du XIIIe siècle ? Cette hypothèse sera précisée lors de la poursuite de la fouille. L’église prend aussi place sur une carrière de pierres marquée par une organisation rationnelle de ses fronts de taille. Aucune carrière n’était pour l’instant recensée en ce point de la ville. L’exploitation du gisement, qui se rattacherait aux XIe-XIIe siècle, semble liée aux tout premiers développements de la ville médiévale de Montpellier.

Des sculptures précieuses pour la connaissance de l’histoire des arts à Montpellier

Lors du dégagement du marchepied sur lequel devait reposer l’autel de l’église, une statue complète, hormis la tête manquante, vient d’être trouvée. Elle représente une figure féminine peinte en polychromie et sculptée avec soin dans un calcaire fin, comme en témoigne la finesse de son drapé. Cet objet de dévotion répond aux canons esthétiques du XIVe siècle.

Compte tenu de l’emplacement de sa découverte, il appartient à l’une des sculptures principales de l’église, celles qui ornaient l’autel. Les spécialistes sont à l’œuvre pour déterminer son identité, et estimer notamment si l’on est en présence de la représentation de la Vierge. On sait en effet  que l’église des Carmes lui a été dédiée, puisqu’elle est connue sous le vocable de « Sainte-Marie du Mont Carmel ».

Une autre sculpture a été découverte à proximité, dans le comblement d’un caveau funéraire. Elle agrémentait la base (culée) de l’un des arcs diaphragmes de l’église et représente un homme barbu tenant un phylactère. Il s’agit probablement d’un évangéliste ou d’un prophète, ce qui sera précisé ultérieurement grâce à la poursuite de la fouille. La sculpture correspond à l’esthétique de la seconde moitié du XIVe siècle, celle à la mode autour de la cour pontificale d’Avignon. Elle plaide également en faveur d’une grande qualité d’ornementation de l’église.

Ces statues représentent les rares témoignages de sculpture religieuse gothique de Montpellier, après la destruction presque totale des églises de la ville lors des Guerres de Religions.

Le chantier de fouilles archéologiques préventives en bref  890 m² de chantier, divisés en 2 zones autour de la place Albert 1er

  • Des vestiges de plus de 900 ans.
  • 2 phases de fouilles : de mi-juillet à octobre 2014 et de décembre 2014 à janvier 2015.
  • 7 archéologues de l’Inrap à pied d’œuvre.
  • 300 000 € investis par Montpellier Agglomération, maître d’ouvrage.

Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (DRAC Languedoc-Roussillon)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Samuel Longepierre, Inrap

En savoir plus sur inrap.fr

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