Le patrimoine n’intéresse guère les ministres

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POLITIQUE

Le patrimoine n’intéresse guère les ministres en général, et encore moins quand ils sont socialistes.

Car la culture, la vraie, ce ne sont pas des pierres, des œuvres, une Histoire. La culture, ce sont les artistes et la création. C’est du moins ce qu’on lit dans les propos de l’ancienne  ministre de la Culture, et dans la feuille de route de la nouvelle donnée par le président de la République, à l’occasion du remaniement gouvernemental.

Fleur Pellerin en janvier 2015

Fleur Pellerin, rue de Valois, en janvier 2015, par BS

Interrogée sur son éviction éclair, alors qu’elle se trouvait en plein débat parlementaire sur la loi relative à la liberté de création, l’architecture et le patrimoine, Fleur Pellerin revient sur les raisons de son départ inattendu, dans une interview exclusive accordée à nos confrères de l’Obs, le 17 février 2016. A la croire, elle n’aurait pas compris la feuille de route que lui aurait fixé le président de la République. Alors que son action ministérielle visait « la transformation sociale », car « dans une période d’instabilité, de doutes, de questionnement sur l’identité et la nation, la culture est la religion d’une société laïque », elle confie qu’à l’Elysée, « il existe une autre conception du rôle de ce ministère, davantage tournée vers la préservation des positions acquises, et qui conduit à ne surtout pas faire bouger les lignes. Ce sont deux visions diamétralement opposées. « Va au spectacle et flatte ! » : j’avais pris ces mots du président pour une boutade, en fait ils étaient ma feuille de route. » Le journaliste l’interroge : « Vous n’avez jamais parlé plus avant de votre feuille de route ? » La réponse est négative.

Audrey_Azoulay, par ActuaLitté via Wikimedia

Audrey Azoulay lors de la passation de pouvoir avec Fleur Pellerin, le 12 février 2016. Photo par ActuaLitté via Wikimedia commons

Cela peut paraître léger, mais on a envie de la croire quand on lit dans l’Express, Renaud Revel évoquer « la feuille de route d’Audrey Azoulay » (titre de l’article, p34) : « Audrey Azoulay a pour feuille de route, écrit-il, la réconciliation du chef de l’état avec les milieux culturels, dont il s’est tenu trop éloigné depuis 2012 et avec lesquels il veut renouer avant la présidentielle ».

De quels milieux culturels parle-t-on ? Quelques pages plus loin dans l’Express (p.43), Jérôme Dupuis et Marcelo Weisfreid, rapportent les propos d’un ancien conseiller de Fleur Pellerin : « Avec Audrey Azoulay, c’est le cinéma qui a gagné sur la culture ». « Rien de tel, ajoutent les journalistes, pour faire briller un comité de soutien ».

On ne parlera pas de la proximité de la nouvelle ministre de la Culture avec l’actrice Julie Gayet. Même Fleur Pellerin ne veut pas croire qu’elle en  fit les frais. « Beaucoup de gens le disent, mais je ne peux pas le croire. Le président de la République a fait campagne sur la conception qu’il a du gouvernement du pays, sur son éthique dans l’exercice du pouvoir. Je n’imagine pas qu’il ait pu être influencé par des manigances de courtisans »,  peut-on lire dans l’interview de l’Obs. Non personne ne peut le croire, sauf dans les rangs socialistes où l’ancien ministre des Transports, Frédéric Cuvillier, a osé tweeter : « Toute mon amitié à Fleur Pellerin si sincère et engagée mais pas assez proche des proches du président ».

Mais le plus triste pour les lecteurs de ce blog, n’est-il pas de se rendre compte quand Fleur Pellerin est interrogée sur les actes forts de son ministère qu’il n’y a pas un mot sur le patrimoine, alors même que l’avenir de ce pan important de notre culture nationale est engagé devant le parlement ? L’époque de Jack Lang parait bien lointaine. Non vraiment le patrimoine n’est pas le souci de nos ministres…

Benoit de Sagazan

N.B. (car je n’ai pas osé le P.S. en cette circonstance) : J’ai écrit ces lignes ci-dessus avant de prendre connaissance de l’édito d’Alain de La Bretesche, président de Patrimoine Environnement, qui se montre beaucoup plus mesuré que moi  et qui mérite d’être lu : La ministre est remplacée, vive la ministre !

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J. Le_Solleu
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J. Le_Solleu

le moment est venu de citer les propos d’un collègue, tenus en 1968 : »la culture populaire est à la Culture, ce que la soupe populaire est à la Gastronomie »….Tout faire pour être réélu, voilà l’important :laisser son nom à des « espaces culturels », voilà qui est beau ! souvent des lieux de courants d’air, mais qu’importe …..

Cachau
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Cachau

Le patrimoine n’a jamais vraiment été la préoccupation première des politiques d’une manière générale car le patrimoine, c’est encombrant pour leurs projets immobiliers, ça s’use et c’est donc coûteux à entretenir et puis ils n’ont aucune connaissance historique ou artistique, sauf exceptions. C’est pourquoi depuis la seconde moitié du XXe siècle, on s’est complu à démolir à tour de bras. De toute façon, historiquement, le Français aime détruire, dénaturer ce que d’autres ont si patiemment, si amoureusement élaboré. On ne compte plus les chefs-d’oeuvre disparus depuis les guerres de religion et la Révolution. Nos politiques sont si incultes qu’ils préfèrent… Lire la suite »

Célia Borges
Invité
Célia Borges

Quel bonheur de lire un commentaire aussi sensé que le vôtre, nous pensons exactement la même chose. Mille mercis

Signé: Une professionnelle du patrimoine qui fait ses débuts (beaucoup de désillusion dès mes premières expériences)