Entretien avec Guillaume Kazerouni, au musée des Beaux-Arts de Rennes

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J’ai rencontré Guillaume Kazerouni, responsable des collections anciennes (peintures et dessins), du musée des Beaux-Arts de Rennes, à l’occasion de la réalisation d’un portfolio sur les trésors du musée breton.

Ce portfolio, publié dans le numéro 219 (décembre 2016/janvier/février 2017) du Monde de la Bible, Jésus face aux historiens, aux juifs, aux chrétiens, aux musulmans, présente une dizaine de chefs-d’œuvre qui racontent une histoire biblique ou religieuse.

Voici la teneur de notre entretien :

Photos : Guillaume Kazerouni au musée des Beaux-Arts de Rennes. © MBA Rennes/Caroline Resmond

Guillaume Kazerouni au musée des Beaux-Arts de Rennes. © MBA Rennes/Caroline Resmond

Depuis les années 1960, le musée des Beaux-Arts de Rennes ne cesse de s’enrichir grâce à une politique d’acquisitions volontaire et soutenue. Ajoutées à son fonds initial provenant des saisies révolutionnaires et des dépôts de l’État, ces acquisitions font du musée breton un des plus riches de France, doté de collections de référence.

Le Monde de la Bible : Quelle est l’origine du musée des Beaux-Arts de Rennes ?

Guillaume Kazerouni : Le musée des Beaux-Arts est une création de la Révolution française en 1794, comme les 14 autres grands musées de région. Rennes est alors choisie pour recevoir l’importante collection de la Bretagne. Le fonds d’origine provient des saisies révolutionnaires chez les émigrés et dans les biens du clergé. C’est ainsi que le nouveau musée reçoit le Nouveau-né de Georges de La Tour et la collection du marquis Christophe-Paul de Robien (1698-1756), président au Parlement de Bretagne. Cette dernière est composée d’un cabinet de curiosités, d’un fonds de peintures anciennes et d’un exceptionnel fonds de dessins.

En 1801, le musée est décrété par la loi Chaptal « musée de France », ce qui lui permet de recevoir des dépôts de l’État. Le Louvre envoie alors soixante œuvres, se répartissant par tiers en école française, école nordique, école italienne. De là proviennent La chasse au tigre de Rubens, Persée et Andromède de Véronèse, l’immense tableau de La Descente de Croix de Charles Le Brun. La plupart des grands formats exposés dans le musée viennent en majorité de ce dépôt de l’État.

MdB : Outre les dépôts et les saisies initiales, les collections continuent-elles d’être enrichies ?

G. K. : Contrairement à d’autres musées, Rennes n’a jamais reçu de grandes collections acquises en bloc ou offertes par de généreux donateurs. Ce qui peut expliquer pourquoi prédominent à Rennes les tableaux grand format. À partir des années 1960, les conservateurs du musée vont mettre en place une politique d’acquisition très active, soutenue par la ville avec une très grande régularité. Cette politique continue fait la force du musée tant pour ses acquisitions que pour ses restaurations.

Même si les achats sont très variés, deux lignes restent malgré tout prioritaires : le XVIIe siècle français, enrichi tous les ans ou tous les deux ans, et dont la collection, un point fort du musée, est reconnue comme référence ; l’art moderne et l’art contemporain qui n’existaient pas au musée dans les années 60 et qui a débuté avec l’entrée de quelques tableaux impressionnistes et postimpressionnistes avant de s’enrichir considérablement depuis trois ou quatre ans avec l’acquisition de plus de cent cinquante œuvres très contemporaines, puisque réalisées, pour une grande partie, par des artistes encore vivants.

La force du musée de Rennes tient dans la régularité de ses acquisitions, qui enrichissent les collections, allant de l’archéologie antique à l’art moderne, et en peinture, le suivi d’une ligne continue qui part du XVe siècle jusqu’aux années 2000… Ce n’est pas si fréquent dans le monde des musées en France où l’art contemporain est souvent installé dans un musée à part (Strasbourg, Bordeaux, Toulouse).

MdB : Présentez-nous les bâtiments qui accueillent ces collections…

G. K. : À sa création, le musée va d’abord s’installer dans l’ancien palais de l’abbaye de Saint-Melaine. En 1815, nous sommes alors sous la Restauration, le maréchal Soult exige que ces bâtiments soient rendus à l’Église catholique. Le musée va alors errer un certain temps dans la ville de Rennes, ses collections se trouvant dispersées dans des salles de la mairie et des chapelles un peu humides de la cité. Ce qui va notamment soulever l’indignation des visiteurs de passage, comme Stendhal ou Clément de Ris qui vont écrire des lignes terribles, accusant Rennes de « laisser pourrir des chefs-d’œuvre qu’on lui avait envoyés ».

Vers 1840, la ville va penser à un projet d’architecture destiné à recevoir le musée. C’est le bâtiment actuel, terminé dans les années 1850, mais qui, outre le musée, occupant le premier étage, devait aussi accueillir les universités de Lettres et de Sciences. Ce n’est qu’en 1910 que ces dernières abandonnent le site, ce qui laisse de l’espace au musée pour placer notamment sa collection de sculptures sous la grande verrière qui recouvre le patio.

Au fil du temps, la collection se scinde en deux grandes sections : le musée des Beaux-Arts et le musée de Bretagne. Ces deux entités vont cohabiter jusqu’en 1990, quand le musée de Bretagne s’installe dans le nouveau complexe culturel des Champs Libres. Depuis, le musée des Beaux-Arts jouit de la totalité du bâtiment.

MdB : Avez-vous des projets, des défis pour le musée ?

G. K. : Oui, car si le musée reste à taille humaine, il n’est plus à la taille de ses collections. La force réelle du musée sera vraiment visible quand nous pourrons tout exposer. Actuellement, la direction étudie un projet global de rénovation avec une extension vers la rue Jean-Janvier : l’accueil du musée y serait transféré ; la verrière, en mauvais état, serait restructurée selon une architecture en dôme, comme cela était le cas au XIXe siècle ; les collections seraient présentées autrement dans des salles réaménagées et des espaces récupérés ; des services, comme la bibliothèque, trouveraient un confort meilleur dont ils ont besoin. Tout cela est à l’étude, et, s’il y a travaux, le chantier ne devrait pas démarrer avant 2020. l

Propos recueillis par Benoît de Sagazan

Musée des Beaux-Arts de Rennes
20, quai Émile Zola,
35000 Rennes
Tél. : 02 23 62 17 45
www.mbar.org

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