Eglise des hommes versus églises de pierre ?

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Abbaye de Boscodon (c) CC BY-SA commons.wikimedia.org

Le combat pour sauver les vieilles pierres des églises serait-il vain ? L’argument théologique disant que la véritable Eglise est constituée d’hommes et non de pierres, m’est souvent opposé. A cela je répondrai par deux points

Le premier argument s’appuie sur la belle démonstration du dominicain Timothy Radcliffe, dans sa préface d’un ouvrage consacré à la renaissance de l’Abbaye de Boscodon, écrit par Guillaume Goubert, aujourd’hui directeur de la rédaction de La Croix, et sœur Jeanne-Marie à qui l’on doit d’avoir redonné vie et sens à cette ancienne abbatiale.

Le second argument s’appuiera sur ma propre expérience.

À propos du livre La clarté des pierres, sur l’aventure de l’Abbaye de Boscodon, voici quelques phrases de Timothy Radcliffe, extraites de la préface qu’il donne à l’ouvrage publié en 2006 aux éditions du Cerf :


« La fascination exercée par ce livre réside dans l’interaction entre les personnes et le lieu. Nous bâtissons des maisons pour y vivre et travailler. Mais ces maisons et ces lieux nous façonnent eux aussi. Différentes formes de paysages, différentes formes architecturales peuvent aboutir à de nouvelles formes de communauté humaine et d’épanouissement. »

« Je vous le dis, s’ils se taisent, les pierres crieront » ( Luc 19, 40)

« (…) à Boscodon (…) nous découvrons qu’un lieu peut-être une prédication. Nous nous sentons serviteurs d’un lieu et en même temps témoins du Christ. Bâtiments et paysages incarnent un quelque chose qui parle de Dieu aux gens. « L’abbaye leur parle ». Ou encore :  » Ce ne sont pas vraiment les activités qui sont primordiales, c’est le lieu existant comme tel. Et la mission de la communauté, c’est de nous aider à entendre ce que dit ce lieu. Lorsque Jésus arrive à Jérusalem, les pharisiens lui demande de faire taire ses disciples, et il le répond :  » Je vous le dis, s’ils se taisent, les pierres crieront » ( Luc 19, 40). La communauté est là pour aider les pierres à parler de la foi de ceux qui ont commencé la construction de l’abbaye. Celle-ci est un lieu sur où les gens peuvent être rassemblés, mais c’est aussi un lieu ouvert, d’où ils peuvent repartir renouvelés… »

« Mais notre Dieu s’est fait homme et, nous les hommes, avons besoin de lieux où rencontrer Dieu. »

« L’attitude de la communauté nous apprend quelque chose de fascinant sur la complexité de l’attitude chrétienne vis-à-vis des lieux et des bâtiments. Le christianisme nous a libéré, en un sens, des lieux sacrés. Dans l’épisode du puits, Jésus dit à la Samaritaine : « Crois-moi, femme, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père… Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car tels sont les adorateurs que cherche le Père » (Jean 4, 21-24). Les rédacteurs de l’Évangile assistèrent à la destruction du Temple juif. Notre Temple à présent est le corps du Christ, qui est partout.
(…) Mais notre Dieu s’est fait homme et, nous les hommes, avons besoin de lieux où rencontrer Dieu. Notre demeure peut bien être dans le corps du Christ, encore faut-il des oasis qui nous parle de cette demeure…  »

« Quand les hommes deviennent muets… »

Mon second argument s’est affiné au cours des expériences traversées.

En 2011, un internaute qui se présentait comme un ancien président d’une association de sauvegarde et de restauration d’une église médiévale, m’interpellait ainsi :

« (…) Celle-ci (L’église) remonte au douzième siècle. Ce qui en soi est magnifique. Néanmoins si on trouve une qualité d’architecture du haut moyen âge, il n’en est pas de même pour la qualité de la foi, un sujet qui préoccupe une infime proportion des Français (dont entre 4% et 6% assistent à la messe le dimanche). Vous avez bien du courage de vous occuper des pierres alors que l’essentiel se trouve ailleurs, Dieu étant pur esprit. »

Bien naturellement, je lui ai répondu :

C’est parce que je crois ces édifices capable de parler même quand les hommes deviennent muets, que j’ai envie, avec d’autres, de les défendre, de les promouvoir, de les rendre vivantes et rayonnantes.

Ces églises nous parlent, dis-je. Mais de quoi ? De notre identité, de notre histoire, de ceux qui ont précédé, de la nécessité de la communauté, de notre intériorité, de sérénité et de paix, de notre désir d’éternité, de la transcendance et de la verticalité dans monde enclin à proposer l’horizontalité. Elles nous invitent également à percer les mystères de la vie : … » Lire la suite de la réponse en cliquant sur ce lien

« Derrière les pierres des hommes et des femmes en attente, voir en souffrance »

Lorsque le reproche ou l’objection me sont adressés par un chrétien, un clerc ou un évêque, sans renier ce que j’ai écrit précédemment, je mets d’abord en évidence qu’ignorer les vieilles pierres, c’est refuser de rejoindre ceux qui s’en préoccupent – ils sont nombreux. Derrière les pierres à sauvegarder et à valoriser il y a souvent un peuple en attente, voir en souffrance, blessé dans son identité, parfois dans sa sociabilité. Les rejoindre, n’est-ce pas cela être missionnaire ? C’est du moins ce que j’ai tenté de démontrer dans mon article paru dans la revue jésuite Etudes, en octobre 2018.

On pourrait également retourner l’objection : En quoi l’abandon des vieilles églises ferait progresser l’annonce de l’Evangile ? Alors même qu’elles apparaissent importantes pour nombre de nos concitoyens ?

Redisons-le avec force, nos vieilles églises sont une chance pour tous, chrétien ou non, pour peu que nous sachions les faire vivre et les faire parler…

BS

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