Trop d’églises en France ? Partie 2 – La charge symbolique des édifices religieux

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TROP D’ÉGLISES EN FRANCE ? PARTIE 2

La charge symbolique des édifices religieux

La Bouille, en Seine-Maritime (c) BS pour Patrimoine en blog

La Bouille et son église, en Seine-Maritime (c) BS pour Patrimoine en blog

Après avoir contesté la formule (moins de prêtres + baisse de la pratique religieuse dominicale = trop d’églises), j’aborde ici la question de la charge symbolique des églises qui déborde leur valeur esthétique et leur utilité immédiate.

Paradoxalement, c’est quand les églises sont menacées dans leur existence ou dans leur fonction cultuelle, que l’on mesure le mieux leur charge symbolique.

Eglise de la Bouille en Seine Maritime (c) BS pour patrimoine en blo

Eglise de la Bouille en Seine Maritime (c) BS pour patrimoine en blog

En effet, il n’y a rien de tel qu’un projet de démolition pour susciter une levée de bouclier dans une large partie de la population. Et n’allez pas croire que les opposants  se comptent majoritairement parmi les grenouilles de bénitier. L’église du village est aussi importante pour celui qui la voit depuis la place du marché que pour celui qui s’agenouille devant l’autel.

« L’église du village est aussi importante pour celui qui la voit depuis la place du marché que pour celui qui s’agenouille devant l’autel »

J’ai observé dans plusieurs cas que, lorsque une démolition devait être suivie de la construction d’un nouvel édifice cultuel plus confortable, les paroissiens acceptaient plus facilement la destruction de la vieille église alors que ceux qui s’y opposaient n’y mettaient quasiment jamais les pieds.

Dans tous cas où un référendum local a été organisé pour ou contre la destruction de l’église en péril – j’en ai dénombré au moins cinq – aucun n’a validé l’arasement de l’édifice. Même sous la menace d’une augmentation des impôts locaux.

« Réitérer sans le savoir les processions d’un autre temps »

Pour ce qui concerne les églises dont on change l’usage, j’ai constaté combien il restait difficile à l’occupant d’oublier quel fut le destin initial du bâtiment. J’en veux pour preuve quelques exemples. Dans un article concernant le « bilan mitigé » que Steve Savidan, ancien joueur de football, tirait du K9, un bar branché installé dans une ancienne chapelle conventuelle à Angers (« C’est un lieu atypique, chargé d’histoire, pour une activité de niche », disait-il), j’écrivais ceci :

Transformer une église en lieu de fête n’est pas évident. Car l’église est un bâtiment qui continue de parler comme un sanctuaire. Je connais l’existence de boîtes de nuit, installées dans d’anciens édifices cultuels. Je constate qu’il leur est très difficile de s’abstenir du caractère spécifique de l’édifice. Je pense au Spirito à Bruxelles, dont le nom et le logo s’emparent de l’image sacrée du bâtiment, ou au Marlowe à Nantes sur le site duquel on peut lire ceci : « Depuis l’aube des années, du lundi au samedi soir, la tranquille place Saint-Vincent se métamorphose pour devenir le sanctuaire des nuits nantaises », ou encore ceci : « La salle particulièrement allongée du Malowe ainsi que le léger arrondi qui la prolonge tiennent leur forme de ce qui constituaient originellement la nef centrale et le cœur (sic) de l’église. Ainsi, les passants, qui traversent ces lieux aujourd’hui, réitèrent sans le savoir les processions d’un autre temps. »

Comment définir cette charge symbolique ? Elle sans doute variable et multiple. Chacun de nous aurait certainement sa propre définition. Mais risquons malgré tout d’en présenter quelques aspects plus ou moins fédérateurs.

Définir la charge symbolique des églises

  1. Les églises nous disent quelque chose de tangible de la foi de nos aïeux qui les construites et décorées, aménagées et réaménagées au gré des réformes religieuses et liturgiques. Pour beaucoup d’entre nous elles demeurent un sanctuaire;
  2. Les églises sont un marqueur de l’histoire locale, heureuse et malheureuse;
  3. Les églises marquent l’identité physique d’une commune ou d’un quartier de ville, et par extension d’une communauté locale;
  4. Les églises sont des lieux d’asile, et un abri sûr;
  5. Les églises sont des lieux de recueillement et de sérénité;
  6. Les églises rappellent à l’homme qu’il est dépassable et appellent à la transcendance;
  7. les églises sont des lieux de rassemblement, d’une communauté chrétienne, mais aussi d’une communauté villageoise..;
  8. Les églises sont des lieux d’émerveillement, gratuits et ouvert à tous. Certains parlent même du plus grand musée de France;
  9. Les églises sont des lieux de transmission d’une histoire d’une culture d’une spiritualité, si l’on sait faire parler les pierres, les murs, la statuaire, les vitraux..;
  10. Les églises sont à tous, aux catholiques pratiquants comme aux autres…

« Vous avez bien du courage de vous occuper des pierres alors que l’essentiel se trouve ailleurs, Dieu étant pur esprit »

Me revient en mémoire l’interpellation d’un internaute qui, en 2011, se présentait comme un ancien président d’une association de sauvegarde et de restauration d’une église médiévale et qui m’écrivait ceci :

« (…) Celle-ci remonte au douzième siècle. Ce qui en soi est magnifique. Néanmoins si on trouve une qualité d’architecture du haut moyen âge, il n’en est pas de même pour la qualité de la foi, un sujet qui préoccupe une infime proportion des Français (dont entre 4% et 6% assistent à la messe le dimanche). Vous avez bien du courage de vous occuper des pierres alors que l’essentiel se trouve ailleurs, Dieu étant pur esprit. »

Je lui ai répondu cela :

Monsieur,

L’essentiel est surement ailleurs, comme vous le dites et Dieu Merci ! N’empêche, si Dieu n’habite pas que les églises, celles-ci conservent une importance pour l’ensemble de la population, que l’on soit un chrétien ou pas, pratiquant ou pas. Je remarque souvent que ceux qui se battent pour sauver une église en danger se comptent davantage dans les rangs de ceux qui n’y mettent pas les pieds que dans ceux qui s’agenouillent devant les autels.

C’est parce que je crois ces édifices capable de parler même quand les hommes deviennent muets, que j’ai envie, avec d’autres, de les défendre, de les promouvoir, de les rendre vivantes et rayonnantes.

Ces églises nous parlent, dis-je. Mais de quoi ? De notre identité, de notre histoire, de ceux qui ont précédé, de la nécessité de la communauté, de notre intériorité, de sérénité et de paix, de notre désir d’éternité, de la transcendance et de la verticalité dans monde enclin à proposer l’horizontalité. Elles nous invitent également à percer les mystères de la vie : qui sommes-nous ? pourquoi sommes-nous là ? Que voulons vivre ? Et après la mort ? A interroger le sens de nos vies communautaires comme nos vies personnelles. Ces églises sont nos racines et nos ailes…

Comme vous le dites, Dieu est pur esprit et pas confiné dans les églises. Mais ces églises sont aussi là pour nous dire qu’il se tient là au milieu des hommes. A leur disposition s’ils le souhaitent (et si les portes des églises demeurent ouvertes). Ne désespérons ni des hommes ni des églises…

La suite (partie 3) de mon propos s’intéressera aux conditions humaines de la vie de nos églises et de leur avenir.

Cet article vous fait réagir ? Vos réflexions sur le sujet ou vos contestations de mon propos sont les bienvenues tant qu’elles sont courtoises. Laissez-votre commentaire ci-dessous; vos avis m’intéressent.

 

La Bouille vue de la Seine (c) BS pour Patrimoine en blog

La Bouille vue de la Seine (c) BS pour Patrimoine en blog

Et si nous n’avions pas trop d’églises ?

  1. Et si l’équation (moins de prêtres + baisse de la pratique religieuse dominicale = trop d’église) n’était qu’un sophisme ?
  2. La charge symbolique exceptionnelle des édifices religieux
  3. le rôle qu’ils jouent en terme de communion et de mission (à l’attention des chrétiens), de cohésion sociale et de création de lien social (à l’attention des non-religieux) ;
  4. Les conditions humaines de leur vie et de leur avenir ;
  5. Les trois champs à explorer pour maintenir une vie chrétienne dans les églises et les chapelles, y compris quand le manque de prêtres se fait sentir ;
  6. Les conditions et les réflexions à entreprendre quand l’avenir cultuel et religieux d’un édifice de culte ne semble plus envisageable…
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