Ve centenaire de la mort de Saint François de Paule

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Dans le cadre de la célébration nationale du Ve centenaire de la mort de Saint François de Paule, un colloque intitulé « François de Paule et les Minimes à Tours et en France (XVe-XVIIIe siècle) » est organisé à l’Université François Rabelais à Tours les 20 et 21 septembre prochain (ENTRÉE LIBRE) .
Il est suivi d’une rencontre scientifique les 22 et 23 septembre au couvent de Mirabeau à Beauregard-l’Évêque dans le Puy-de-Dôme, le mieux conservé des couvents minimes en France (Lauréat d’Un patrimoine pour demain 2000)
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FRANÇOIS DE PAULE ET LES MINIMES EN FRANCE DE LA RENAISSANCE AU GRAND SIECLE

Argumentaire et thématiques scientifiques pour le colloque des jeudi 20 et vendredi 21 septembre 2007
Comité scientifique : André Vauchez (président), Bernard Chevalier, Robert Sauzet, Michel Laurencin, Benoist Pierre

Au sein des familles religieuses nées ou réformées à la Renaissance, l’ordre des Minimes s’impose comme l’une des principales structures cléricales de son temps. Fondée au XVe siècle en Calabre par François de Paule, la communauté des Ermites de Saint-François d’Assise se diffuse en France à partir d’un foyer originel implanté à Plessis-lès-Tours dans les années 1480. C’est au cours de cette première phase d’extension que les religieux prennent le nom de « Minimes » et en viennent à adopter un mode de vie cénobitique. À la mort du saint en 1507, on ne compte pas moins de 13 couvents dans le royaume, puis 38 en 1600 et plus de 150 à la fin du XVIIe siècle.
Pourtant en dépit de cette importance numérique et de la renommée de quelques grandes figures de l’ordre, l’historiographie a globalement ignoré ces religieux, sauf à les intégrer dans des ensembles plus vastes qui niaient leur spécificité de clerc ou les limitaient à des cas d’études isolés. Carence notoire qui tient autant à la dispersion des sources qu’au renouvellement trop récent d’une historiographie monastique « ouverte », qui se pense désormais dans son interrelation et ses croisements avec d’autres champs d’investigation. Or, de par leur force d’attraction sur la société de leur temps, ces religieux et en premier lieu leur fondateur, François de Paule, permettent d’approcher certaines des caractéristiques et des évolutions sociales, politiques et culturelles majeures entre la fin de l’époque médiévale et le siècle de Louis XIV.
Prévu pour la fin septembre 2007, le colloque organisé par l’université François-Rabelais de Tours entend rassembler, à l’occasion du 500e anniversaire de la mort du saint, des recherches dispersées, en cours ou déjà abouties sur François de Paule et les Minimes. Le projet porte à la fois sur l’influence à Tours de celui qui sera canonisé par l’Église dès 1519 et sur les dynamiques de diffusion de ce nouvel ordre dans le royaume de France depuis la fin du XVe siècle jusqu’au début du XVIIIe siècle. Pour faire le point sur cet impact et étudier la capacité de ces clercs à influer sur le cours des événements, quatre thématiques chronologiques seront privilégiées :

1-François de Paule, la Cour et la société tourangelle
À Tours, François de Paule et sa communauté furent directement en relation avec le roi et ses courtisans. En 1483 en effet, Louis XI fit venir auprès de lui ce religieux calabrais, connu dans le royaume de Naples pour ses prophéties et ses dons de guérisseur. Le roi de France, qui se sentait mourir et avait entendu parler des qualités thaumaturgiques de l’ermite, voulait l’avoir à ses côtés. Il lui fit don d’une maison et d’une chapelle dans la basse-cour du château du Plessis. Après la mort du monarque, Anne de Beaujeu puis Charles VIII et Anne de Bretagne confirmèrent ces possessions et furent à l’origine de nombreuses fondations dans le royaume de France. D’emblée, la situation géographique de la maison-mère et sa proximité avec les pouvoirs princiers plaçaient les Minimes aux premières loges de la vie curiale, tout en modifiant de fait les principes d’une vie érémitique coupée du monde : on sait qu’ils encadrèrent certaines cérémonies et pratiques dévotes de la Cour, comme ils influencèrent également plusieurs des décisions politiques de la monarchie.
Mais ce haut lieu de la spiritualité tourangelle ne fut pas uniquement dévoué aux princes et à leur entourage. Il trouva aussi les moyens de s’intégrer à l’espace urbain, même après le départ des commensaux du roi. Ainsi, les religieux nouèrent des relations avec plusieurs groupes sociaux de Tours, tant parmi le clergé qu’au sein des élites bourgeoises ou marchandes. Ce sont ces liens de sociabilité dont on cherche à évaluer l’importance et la diversité pour comprendre les dynamiques de diffusion de l’ordre et l’insertion d’un idéal de vie à tendance érémitique dans l’environnement largement « ouvert » d’une ville royale.

2-Les Minimes, des acteurs du changement au temps des réformes ?
Dans quelle mesure ces religieux qui s’apparentaient aux Franciscains en refusant toutefois d’y appartenir, ont-ils marqué la Renaissance de leur empreinte ? Car, aux côtés de communautés mieux connues comme les Bénédictins, les Chartreux, les Jésuites ou les Capucins, les Minimes font partie de cette première génération d’instituts nouveaux ou réformés qui prennent la tête de la réforme catholique avant le concile de Trente. Leur idéal de vie qui s’inscrit dans une recherche exacerbée d’ascèse – et dont le 4e vœu de carême perpétuel apparaît comme l’une des manifestations les plus mortifiantes –, doit être replacé dans le contexte d’une profonde crise eschatologique au tournant des XVe et XVIe siècles. Cette quête de pureté, cette apologétique rigoriste les placent donc à l’avant-garde d’un mouvement de « recharge sacrale » que la Réformation ne fera qu’amplifier.
Grâce à la création d’un tiers-ordre de Saint-François destiné aux laïcs et d’une branche de moniales (les Minimesses) dont ils encadrent les dévotions, les Minimes définissent ainsi de larges réseaux de sociabilité spirituelle encore mal connus, mais qui semblent s’étendre en priorité à des milieux actifs, prêts à lutter contre les soi-disant abus de l’Église pour retrouver la pureté de la foi et à travers elle, le salut collectif des justes. Progressivement aussi, on compte dans leurs rangs quelques prédicateurs de renom qui face au protestantisme entendent réformer la société dans son ensemble. Ce mode d’apostolat est sans doute resté limité. Il faut cependant le mettre en relation avec la place des Minimes dans les dévotions publiques et l’encadrement des confréries de pénitents, mode d’action jugé plus cohérent avec l’idéal de repli et d’ascèse, mais non moins efficace dans une société où le signe, le geste importent autant que le discours.
Enfin, au temps des guerres de Religion, il n’est pas rare de retrouver certains d’entre eux parmi les membres actifs de la Ligue catholique. Mais le soulèvement de la Sainte Union est aussi l’occasion d’une rupture profonde au sein de l’ordre entre ceux qui acceptent de s’en remettre à la puissance royale pour résoudre la crise confessionnelle et les autres – la majorité ? – qui veulent rétablir l’unité de la foi et trouvent dans la guerre sainte une voie de salut.

3-Minimes, spiritualité et pouvoirs au « Siècle des Saints »
Au XVIIe siècle, les Minimes restent très actifs et plus d’une centaine de couvents sont fondés en moins d’un siècle. La communauté dans son ensemble jouit de son aura d’ordre « renaissant » et participe pleinement à la production spirituelle du « Siècle des Saints ». Pourtant cette insertion ne s’est pas faite sans modification de son idéal de vie pénitentielle. Ainsi, la très imposante correspondance du père Mersenne ne se réfère quasiment jamais à saint François de Paule, même lorsqu’il est question de débats spirituels ou théologiques importants. Tout se passe comme si l’héritage anti-intellectuel des premiers temps s’était dissipé au contact des nouveaux enjeux du siècle. C’est ce renouveau spirituel et son incidence sur l’engagement des clercs qu’il faudra mettre en lumière. Comment les Minimes interviennent-ils désormais dans la sainteté rénovée du Grand Siècle et surtout quels modes d’action mettent-ils en œuvre ? Ce qui revient à s’interroger sur la façon dont la pastorale et la vie spirituelle des Minimes s’inscrivent dans l’action apostolique de l’époque.
Cette question apparaît d’autant plus pertinente qu’après l’intermède ligueur, ces mêmes Minimes revendiquent pleinement leur statut de religieux « bénis des rois ». Leur extension dévoile ainsi la relation étroite et spécifique qui s’est tissée entre les pouvoirs et les ordres religieux à l’âge classique et qui diffère beaucoup de celle érigée au siècle précédent. Il serait intéressant de s’interroger par exemple sur les incidences religieuses de cette collaboration avec les princes, sur la nationalisation progressive d’une structure cléricale, ou encore sur la participation concrète des couvents à la promotion politique, architecturale et spirituelle des villes du royaume.

4-Les Minimes, la foi et la science au Grand Siècle
Il s’agira enfin de scruter plus précisément la nature et les fondements d’une mutation interne qui incite l’ordre à intégrer le champ culturel et érudit du Grand Siècle. Avec les Minimes, on passe en effet d’un ordre ascétique à un ordre savant qui participe à l’élaboration d’un savoir scientifique. Plusieurs religieux se signalent dans ce domaine, tels les pères Mersenne, Nicéron, Maignan et Plumier. Des couvents s’érigent également en de véritables pôles scientifiques, comme ceux de Paris et de la Trinité-des-Monts à Rome. Mais il ne faut pas se méprendre sur le sens de cette activité parfois débordante : la science n’est ici qu’un moyen d’accéder à la toute-puissance divine. Pour ces clercs qui s’opposent farouchement aux libertins, la religion et les sciences peuvent cohabiter et doivent même, au nom de la foi, se rencontrer. Dans cette dernière partie, il faudra donc chercher à évaluer la place et le statut du savant ou du lettré au sein d’un ordre religieux particulièrement bien inséré dans la réforme catholique.
Ces thématiques, déjà posées par une historiographie récente en voie de renouvellement, s’adaptent particulièrement bien au cas des Minimes, dont l’analyse reste encore à faire. Elles ont pour objectif de mesurer et de comprendre l’audience réelle de ces religieux depuis leur première implantation tourangelle jusqu’à leur apogée au XVIIe siècle.

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Cher Monsieur, Je tiens à porter à votre connaissance que le 23 septembre à 11 h aura lieu en la cathédrale S. Gatien de Tours une messe pontificale célébrant le Ve centenaire de la mort de S. François de Paule. Présidence : Mgr Bernard-Nicolas Aubertin, o.Cist, archevêque de Tours. Homélie (certainement très riche) : Card. Jean Honoré, archevêque émérite de Tours. Concélébrants (entr’autres) : Mgr Francesco Follo, observateur permanent du S. Siège près l’UNESCO et le nouveau Supérieur général des Minimes. Par ailleurs,à l’initiative des Amis de S. François de P., une exposition promettrice aura lieu au Musée des Beaux-Arts… Lire la suite »