Le musée du Hiéron, une référence en matière d’art et de spiritualitéArticle pouvant être lu en 6 minute(s) (hors éléments audio ou vidéo)

SAÔNE-ET-LOIRE

Musée du Hiéron à Paray-Le-monial (Saône-et-Loire) (c) BS pour Patrimoine-en-blog

Musée du Hiéron à Paray-Le-monial (Saône-et-Loire) (c) BS pour Patrimoine-en-blog

 

L’entretien avec Dominique Dendrael, conservatrice du musée du Hiéron, à Paray-le-Monial, est extrait du portfolio de quatorze pages qui présente aux lecteurs du Monde de la Bible neuf œuvres exceptionnelles, issues des collections du musée.

220_MdB_couv_QumranCet entretien est paru dans le numéro 220 (mars-avril-mai 2017) du Monde de la BibleQumrân. Les manuscrits la la mer Morte 70 ans après.

Le musée du Hiéron à Paray-le-Monial

Dans cette commune de 10 000 habitants, en Saône-et-Loire, marquée par une histoire religieuse très riche, existe un musée d’art sacré pas comme les autres, initialement dédié aux expressions artistiques suscitées par la dévotion eucharistique. Dominique Dendrael, qui a œuvré à la renaissance du musée, rouvert en 2005 et doté de l’appellation « Musée de France », en assure aujourd’hui la direction. Elle nous présente neuf trésors issus de ses collections qui traversent les siècles de la Préhistoire à l’art contemporain.

Le Monde de la Bible : Quelles sont les origines de ce musée ?

Dominique Dendrael : Ce bâtiment a été édifié pour abriter une collection constituée dès les années 1881-1883, composée essentiellement de tableaux italiens des XVIIe et XVIIIe siècles, en lien avec la Réforme catholique initiée par le concile de Trente (1542-1563).

Il y avait eu un projet de musée dès 1879, mais pour diverses raisons l’édifice actuel ne fut construit qu’à partir de 1890 et inauguré en 1894. Le projet architectural complet donne aux œuvres une enveloppe harmonieuse et homogène. Il présente une architecture métallique à lumière zénithale typique de cette époque.

Alexis de Sarachaga (1840-1918), un des fondateurs de la collection, est un aristocrate russe et espagnol, éduqué dans diverses cours royales européennes et ancien ambassadeur d’Espagne. Venu à Paray-le-Monial en 1873, il y rencontre le jésuite Victor Drevon (1820-1880), initiateur d’un pèlerinage qui rassemble au sanctuaire jusqu’à près de 200 000 pèlerins. Durant trois ans, le jésuite aurait donné une formation religieuse au jeune baron, sans doute en quête de « quelque chose de différent ».

En 1875, ils se rendent en Espagne où ils rencontrent un autre jésuite qui souhaite créer une bibliothèque-musée autour de l’eucharistie. Alexis de Sarachaga concrétise son projet à Paray-le-Monial avec Victor Drevon.

MdB : Pourquoi ce lieu se nomme-t-il musée du Hiéron ?

D. D. : Le Hiéron est, chez les Grecs anciens, un espace sacré qui évoque aussi le lieu où sont élaborées les lois inspirées par les dieux. Le fondateur du musée reprend cette idée d’un espace à la fois religieux et politique à un moment où la société française se sécularise et où le politique veut s’émanciper du religieux.

Ce bâtiment est ainsi un manifeste souhaitant remettre le religieux au centre de la société. Quand, en 1889, la France fête le centenaire de la Révolution française, le musée lui célèbre les lettres de Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690), la sainte mystique de Paray-le-Monial, demandant au roi de consacrer la France au Sacré-Cœur de Jésus. Ce bâtiment croise donc l’histoire de la ville et l’histoire de la société française en cette fin du XIX siècle, particulièrement déchirante pour de nombreux catholiques.

Dans nos archives, nous avons la trace d’un débat sur la dénomination du musée. Les fondateurs ont finalement préféré le nom de Hiéron à celui de Musée eucharistique envisagé mais jugé trop restreint. Ce débat a émergé à nouveau lors de l’élaboration du projet scientifique de ce lieu, devenu « Musée de France » en 2002. Après quatre ans de conception et de travaux, le musée rouvre en 2005 et dix ans plus tard le bâtiment reçoit une protection au titre des monuments historiques.

MdB : Quels ont été les défis de cette rénovation ?

D. D. : Le travail de restauration mené, dès 2000, sur les collections comme sur le bâtiment, a été entièrement pris en charge par la ville de Paray-le-Monial et son maire Jean-Marc Nesme, ainsi que de nombreux partenaires publics. À côté de défis classiques, tels que la restauration des œuvres et de l’édifice, d’autres se sont révélés moins évidents, comme la conception d’un musée devant rendre accessible le patrimoine religieux à tous. Accessible à tous signifie aussi que le projet devait intéresser la population locale, tout au long de l’année, et pas seulement les touristes et pèlerins.

Ce musée et ses collections sont constitutifs de plusieurs histoires, dont certaines ont évolué jusque dans la pensée même des fondateurs. En effet, seul depuis le décès du jésuite, le mécène Alexis de Sarachaga fait évoluer, en lien avec ses écrits, le projet de ce musée-bibliothèque. Luttant contre le scientisme, il repense la chronologie du christianisme, et s’intéresse aux civilisations préchrétiennes, en acquérant notamment des antiquités égyptiennes.

En réfléchissant sur un nouveau projet, nous avons assez vite perçu qu’il était impossible de séparer le lieu des collections pour lesquels il avait été créé, ni d’effacer ses multiples histoires. Si les premières œuvres rassemblées racontent une histoire de l’eucharistie, souvent dans l’esprit de la Contre-Réforme catholique, nous avons souhaité aussi explorer plus amplement cette notion d’eucharistie et d’histoire chrétienne, notamment dans ses représentations médiévales et contemporaines.

MdB : Comment aimeriez-vous présenter le projet de votre musée ?

D. D. : À travers des acquisitions régulières depuis les années 2000, une nouvelle collection s’est greffée à l’ancienne, reçue en héritage. Ces acquisitions s’insèrent parmi les œuvres initiales, dans un parcours thématique. Celui-ci n’est pas chronologique mais explore une histoire du christianisme qui s’enrichit de regards différents dans des galeries intitulées : « Sous le signe de la croix », « Le modèle divin et humain », « Le cœur de Jésus », « À la table du Seigneur »…

Sur un même thème, chaque œuvre, selon son époque et son auteur, se décline en donnant un écho particulier, mais intéressant les autres œuvres, peintures ou objets d’origine différente. Ce lieu est devenu une référence en matière d’art et de spiritualité : l’art d’aujourd’hui offre une clé de lecture à des œuvres plus anciennes réactivant ainsi la curiosité du sacré.

Propos recueillis par Benoît de Sagazan

Retrouvez le portfolio dans son intégralité dans Le Monde de la Bible 220, Qumrân. Les manuscrits la la mer Morte 70 ans après

Musée du Hiéron
13, rue de la Paix
71600 Paray-le-Monial
Tél. : 03  85  81  79  72
www.musee-hieron.fr

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