Entretien avec Thierry Crépin-Leblond, directeur du Musée national de la Renaissance

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A l’occasion d’un portfolio réalisé par la revue Le Monde de la Bible, j’ai rencontré Thierry Crépin-Leblond, directeur du Musée national de la Renaissance, château d’Écouen. Musée qui célèbre accentuelle le 40e anniversaire de la création.

Légende : Thierry Crépin-Leblond. © Arnaud Eluère pour Le Monde de la Bible

Thierry Crépin-Leblond. © Arnaud Eluère pour Le Monde de la Bible

À vingt minutes de Paris, dans le Val-d’Oise, se dresse fièrement le château d’Écouen, bâti et décoré au milieu du XVIe siècle par Anne de Montmorency. Depuis 40 ans précisément, il expose et valorise les superbes collections du musée national de la Renaissance.

Thierry Crépin-Leblond, son directeur, nous livre l’histoire de ce site exceptionnel et les défis du musée. Avec ses conservateurs, il a choisi neuf trésors des collections d’Écouen qui révèlent combien l’art de vivre à la Renaissance est empreint d’Antique et de religiosité, où des scènes bibliques parent avec virtuosité objets, ornements et œuvres d’art…

Le Monde de la Bible : Présentez-nous ce château impressionnant…

Thierry Crépin-Leblond : Ce château a été construit par Anne de Montmorency pour marquer son accession à la dignité de connétable de France, en récompense pour le rôle de premier ministre qu’il joue auprès de François Ier. Le château est conçu pour recevoir le roi, la reine et la cour. Son plan, moderne et audacieux, quadrangulaire avec quatre pavillons saillants et une distribution intérieure innovante, porte l’ambition de mettre en valeur le protocole et la dignité de ses invités, car Montmorency, également grand maître de France, a la charge d’organiser la vie de la cour. Hélas pour lui, en 1541, alors que l’édification du château est commencée depuis trois ans, le connétable est disgracié par François Ier sur des querelles de politique étrangère et sur des intrigues de cour. Durant les six années de disgrâce, Montmorency partage sa vie entre Écouen et Chantilly, sans reparaître à la cour. Il lui faut attendre la mort du roi en 1547 pour qu’Henri II le rétablisse dans toutes ses prérogatives.

Dès lors sont modifiés les façades du château et les escaliers qui mènent aux appartements du roi, et les cheminées reçoivent leur décor peint, exécuté vers 1550 par l’équipe de Jean Cousin. Le style d’Écouen présente une transition entre l’art très orné des châteaux de la Loire et la période classique, très respectueuse des canons de l’architecture antique selon Vitruve, en vogue sous le règne d’Henri II. Après Fontainebleau, Ancy-le-Franc et Oiron, Écouen est l’un des châteaux peints les mieux conservés de la Renaissance française.

Enfin l’histoire a fait de cet édifice un conservatoire inégalé. En effet, fermé depuis 1632, date de l’exécution à Toulouse du petit-fils du connétable, jusqu’à peu avant la Révolution française, le château fut conservé tel qu’il avait été construit, décoré et orné au XVIe siècle. En revanche, il avait perdu tout son ameublement, à l’exception de celui de la chapelle. Parvenu vide à la Révolution, Napoléon Ier l’a offert à la Légion d’honneur qui y installa la première maison d’éducation de jeunes filles. Si le château a été ainsi entretenu, il n’en est pas moins resté coupé du monde.

Alors que tout le favorisait, cet édifice exceptionnel reste un grand oublié de notre culture générale de la Renaissance, et ce jusque dans les années 1970, quand le grand chancelier décide de fermer la maison d’éducation. C’est alors qu’André Malraux a l’idée d’y installer un musée dédié à la Renaissance. Un projet d’autant plus nécessaire que, depuis le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le musée de Cluny a réorienté son propos scientifique sur le seul Moyen Âge, laissant sa collection d’objets et d’œuvres de la Renaissance dans les réserves ou en dépôt dans d’autres institutions. Francis Salet et Alain Erlande-Brandenburg ont reçu la mission d’installer cette collection en favorisant un dialogue fécond et inédit avec ce décor qui leur est quasiment contemporain. Le musée est inauguré en 1977, il y a 40 ans.

MdB : Installer des collections dans un décor qui leur correspond, semble assez exceptionnel ?

T. C.-L. : Une telle adéquation est effectivement rare ; mais il ne s’agit pas d’un château remeublé. Si avec la chapelle, le premier étage et les appartements de la reine, nous évoquons l’esprit d’un palais de la Renaissance, les autres salles du rez-de-chaussée et du deuxième étage sont de vraies salles muséographiques qui présentent les arts décoratifs de l’Europe de cette époque, autrement dit de la Renaissance française mais aussi italienne, espagnole, allemande et même ottomane.

Certes c’est bien au Louvre que sont rassemblés les grands chefs-d’œuvre de cette période, mais c’est à Écouen que l’on perçoit les étroites liaisons entre les décors d’un édifice, les dessins, les gravures, les peintures et les arts décoratifs de l’époque. Ici est déployé tout l’art de vivre à la Renaissance à travers l’orfèvrerie et les céramiques, peintures et vitraux, meubles et tapisseries, cheminées peintes ou sculptées… Jusque dans la bibliothèque du château où, sous ses lambris dorés, le visiteur peut se reconnecter avec ces facteurs décisifs qu’ont été alors l’imprimerie, le livre et la gravure d’illustration.

MdB : Quels défis doit relever le musée ?

T. C.-L. : Aussi exceptionnel soit-il, le musée d’Écouen reste trop méconnu des Français et des Franciliens. Inaccessible, croit-on ? Pourtant une ligne ferroviaire met Écouen à 20 mn de la gare du Nord. De plus, Écouen n’est qu’à 19 km de Paris sur la route de Chantilly où le château abrite un certain nombre d’œuvres d’art provenant d’Écouen. Il existe entre les deux châteaux une complémentarité naturelle, historique et artistique, tout comme celle que nous développons avec l’abbaye médiévale de Royaumont. Cette dernière présente l’architecture religieuse et met en avant le rôle de l’eau quand Écouen à la Renaissance propose une architecture castrale, valorisant la forêt.

Nous menons également une politique d’exposition temporaire qui aime alterner les sujets de civilisation, touchant à l’histoire ou à des pratiques – la médecine, la musique ou bientôt le théâtre – et des sujets d’histoire de l’art. Nous développons également des programmes pour des publics spécifiques, locaux ou régionaux.

Enfin le quarantième anniversaire du musée sera aussi l’occasion de mieux faire connaître Écouen. L’enjeu en vaut la peine, car le visiteur qui vient ici n’est jamais déçu.

Propos recueillis par Benoît de Sagazan

À lire dans le numéro 221 (juin/juillet/août 2017) du Monde de la Bible, Sagesses. De l’art de vivre à l’art de croire, l’entretien avec Thierry Crépin-Leblond, directeur du Musée national de la Renaissance, château d’Écouen, extrait du portfolio de quatorze pages qui présente aux lecteurs du Monde de la Bible neuf œuvres exceptionnelles, issues des collections.

Musée national de la Renaissance – Château d’Écouen
rue Jean Bullant 95440 Écouen
Tél. : 01 34 38 38 50
www.musee-renaissance.fr

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